Jean Chanat... sous ses airs désinvoltes, une passion débordante...

Camargue… terre de « bioù » et de chevaux…
Camargue… flamands roses, faune et flore exceptionnelle…
Camargue… tes rizières et tes étendues sauvages, nous conduisant vers la « Grande Bleue »…
Mais Camargue… quand tu nous piques !!!

 

« Bzzzz »… tiens… un moustique !!! Que dis-je ??? Des milliers, voire des millions de moustiques s’échappant des étangs salés, bordés de « saladelle », s’attisent avec joie sur touristes, gardians et autres « baladaïre »…

 

Mais à Marguerittes, en 1985, naquît un « Moustic », qui n’avait rien de piquant, si ce n’est, qu’à peine quelques années plus tard, ce dernier a du être piqué par un moustique s'étant envolé directement de "l'esquine" d’un taureau de Camargue !!!

 

Et oui… si à 22 ans Jean Chanat est autant imprégné de cette maladie qu’on appelle la « fé di bioù », c’est qu’à tout juste sept ans, il s’échappait déjà de la maison de son père à Marguerittes, pour aller aux arènes du village participer au « toro-piscine » de la fête votive.

 

Sans peur, mais non sans reproches (du papa…), il affrontait les mêmes vachettes que ses aînés, en âge et en taille… c’est ainsi que les organisateurs de la fête votive ne purent s’empêcher de le surnommer « Moustic »… pour qui connaît Jean, certes le « Moustic » à grandit… mais peut-être lui attribuerait-on aujourd'hui le surnom de « Cousin », grand frère du moustique de Camargue !!!

 

Ses échappées de jeunesses, le conduisirent dans toutes les fêtes votives de la région, où il n’était pas le dernier pour s’incruster au milieu des chevaux pour faire échapper les taureaux des abrivados… un véritable « attrapaïre »… encierros, courses emboulées, toros-piscine, tel était le menu des soirées estivales de Jean…

 

Comment arriver à calmer ce jeune « garçounet » plein de fougue ???

 

A l’approche de ses seize ans, sa mère n’y tenant plus, s’est mise en quête d’une école taurine, pour apprendre à Jean, comme elle dit, « l’art et la manière » ;  c’est ainsi que pour son seizième anniversaire, au mois de septembre 2001, il intégra l’école taurine de Bouillargues.

 

Il n’eut aucune peine à se familiariser avec cet animal qu’il avait déjà côtoyé pendant neuf ans… mais « l’art et la manière » que sa mère recherchait à lui faire inculquer, passait obligatoirement par une certaine discipline, que Jean, toujours « joueur » accepta mais entrava parfois !!!

 

Il s’intégra parfaitement… il était dans « son bain » !!! Du coup, en cours de saison 2002, il entraîna même Charles, son frère jumeau, à s’inscrire à l’école taurine… et pour Charles, on connaît la suite !!!

 

Au cours de ses deux saisons et demie en école taurine, Jean associait le plus naturellement du monde le taureau à un jeu… pour lui, c’est la passion du taureau sous toutes ses formes qui comptait avant tout…

 

D’ailleurs, dans ses souvenirs d’adolescent, il me narre en rigolant la finale de l’école taurine de l’année 2002… pendant la fête votive, l’apéro est un rituel inévitable… mais affronter le taureau après un apéritif qualifié de « costaud », ne permet pas d’avoir les idées et le regard bien clairs… et Jean, tout sourire me dit : « Je part sur le raset un peu n’importe comment… le taureau, voyant très clair (lui), ne m’a pas loupé… il m’a attrapé par les c… (nous dirons entre les jambes), et m’a fait faire un vol-plané d’enfer… » ;  et Jean de rajouter : « Je ne peux même pas te dire ni de quel taureau il s’agissait, ni à quelle manade il appartenait… » … ben voyons… le pastis est un sacré détergent pour le cerveau !!!

 

Puis il se souvient de la soirée de fin de fête votive chez Claude Dumas… partie en pleine nuit donner du martelet dans le village, toute cette joyeuse équipe bien imbibée, s’en donna à cœur joie… sans dénoncer le coupable, un accident survint à un ce ses coéquipiers… Jean a baptisé cette soirée « Tonton j’ai mal… »… le coéquipier anonyme eut un doigt ouvert… appel des pompiers… hôpital et 4 points de suture !!! Mais qui ça peut bien être ??? Nous attendons les dénonciations !!!

 

Mais ce qui marqua le plus Jean, c’est en 2003, la « bourre » qu’il s’est « tiré » avec son frère Charles, lors du Trophée « Donadille » à Rodilhan… il n’est pas dans les habitudes des frères Chanat d’être compétiteurs en face à face… bien au contraire… si un peu aider l’autre, c’est le cœur qui parle…

 

Mais ce jour-là, Dieu sait quelle mouche ou quel « Moustic » avait piqué les deux frangins…

 

Toujours est-il, que tout au long de cette course, Jean et Charles se tenaient au coude à coude… ex aequo à la dernière minute du dernier taureau, à la trompette, Jean se jette sur le fauve et lève la ficelle… il gagna le Trophée « Donadille », mais aussi une belle ouverture de l’arcade sourcilière… sur le raset du triomphe, en sautant les planches, il s’écrasa, tête en avant, contre le mur du toril… Depuis, Jean et Charles ont laissé tomber le coude à coude, et s’ils se retrouvent dans une même course, ils se serrent les coudes !!!

 

Toujours cette passion du taureau, mais plus sur son côté ludique que « professionnel »… Jean se souvient toujours de ce petit mot glissé à son oreille par Claude Dumas au cours de sa saison 2003 : « Tu sais Jean, tu as les capacités pour raseter en protection… mais tu dois bosser et t’accrocher. »

 

Et en 2004, année de sa montée en Protection, Jean a gardé en mémoire les paroles de son mentor… d’ailleurs, lors de sa première course aux Saintes Maries de la Mer, pour les 100 ans de la manade Raynaud, si l’angoisse l’envahit à son premier taureau, il eu vite fait d’oublier que ses adversaires avaient perdu leur emboulage ; il s’accrocha, et ce jour là, si les attributs avaient compté pour un trophée, il aurait marqué 12 points.

 

Mais ses deux années passées en Protection furent émaillées de plusieurs accidents, dont des blessures à la limite de l’extrême gravité…

 

Au mois de mars 2004, lors d’une course à Marguerittes, il prit dix centimètres de corne d’un taureau de la manade Gillet, dans l’avant bras gauche… Jean, comme si de rien était, continua à raseter ; ce sont les spectateurs qui l’alertèrent que le sang coulait de son bras… c’est son frère Charles qui l’a conduit à l’hôpital… dix jours d’arrêt de compétition, et une belle cicatrice en prime…

 

La même année, pour la fête votive de Marguerittes (encore…), il fut plus sérieusement blessé par le taureau « Facteur » de la manade de la Galère ; la corne pénétra sous l’épaule gauche… inconscient de la gravité de sa blessure, il fit encore deux rasets… mais il ne pu résister plus longtemps à la douleur… son frère Charles, toujours là, fit une nouvelle fois l’ambulancier… l’étendue des dégâts était énorme… la corne du taureau, arrêtée par l’omoplate, effleura l’artère et déchira deux muscles sur son passage… Jean était passé près de la correctionnelle !!! Trois semaines de repos forcé…

 

Mais un Chanat, ça ne se décourage pas pour « si peu » !!! Au cours d’une interview donnée à Karine Roux de la Fédération Française de la Course Camarguaise, Jean évoqua sa blessure, bien sur, mais aussi le taureau « Facteur » ; malgré qu’il fût à l’origine de cet accident, Jean porta un bon jugement sur son adversaire, et émit le souhait de l’affronter une nouvelle fois…

 

En 2005, il retrouva le « Facteur » sur sa route à Remoulins… il est vrai que dans la cité du Pont du Gard, les arènes ne sont pas très éloignées de la Poste !!!

 

Mais décidément, ce « Facteur » là, ne fut pas un facteur de chance pour Jean ; sur un raset, son crochet resta coincé dans les ficelles… Jean ne voulu rien lâcher… le pensionnaire de la manade de la Galère le poursuivi jusqu'à la barrière… Jean sauta et le « bioù » passa sa tête pour essayer de l’attraper… pour échapper à une nouvelle « cornada », dans son élan, Jean se fracassa le genou droit contre le mur en béton…

 

Une poche de sang se forma, qui évolua rapidement en infection ; se faisant ponctionner avant chaque course, Jean raseta jusqu’au terme de la saison 2005, pour enfin subir une intervention chirurgicale.

 

Une interrogation le hante toujours !!! Pourquoi n’a-t-il jamais été sélectionné pour participer à une finale des « Protections » ni au trophée « Graines de Raseteurs » ??? Ca restera pour lui un mystère total !!!

 

En 2006, le trophée l’Avenir s’ouvrit à Jean ; mais cet avenir s’assombrit rapidement… multipliant les claquages à sa cuisse droite, il ne raseta que peu de courses…

 

Il se rappelle toutefois quelques bons souvenirs, et notamment à Manduel, la royale des vaches cocardières de la manade Ricard, au cours de laquelle il sut prendre toute sa place, ses collègues raseteurs, lui confiant même qu’il avait un raset fait pour les vaches !!!

 

Par un heureux concours de circonstances, au travers des arènes d’Eyguières, il connut les courses en Provence… et les provençaux ne l’ont pas oublié !!!

 

Mais pour Jean, cette saison lui laissa comme un goût d’amertume… tellement déçu de ne pas pouvoir raseter à sa guise, son moral en prit un coup… décidément, pour les frères Chanat, l’année 2006 est à jeter aux oubliettes !!!

 

En 2007, pour sa deuxième année au Trophée de l’Avenir, Jean retrouva la Provence avec une joie et une foi immense ; heureux que les arènes d’Eyguières et d’Aureilles lui aient ouvert leurs portes, il donna le meilleur de lui-même pour remercier le public provençal, et les organisateurs qui lui avaient fait confiance pour le Trophée des Alpilles.

 

Son périple au pays de Mistral de s’arrêta pas là ; grâce à ses prestations à la fois généreuses et de qualité, il fut invité à Saint Rémy, Pelissanne et autres pistes qui sentaient bon la lavande…

 

Mais ce parfum qu’il respirait à plein nez, s’est vite évaporé… au mois de juin 2007, alors qu’il rasetait à Lunel avec son frère Charles une course comptant pour le Trophée des Vaches Cocardières, il se fit une déchirure musculaire de six centimètres et demi sur le devant de la cuisse droite… Sa saison était terminée… une véritable tragédie pour Jean, qui vécu douloureusement une saison de plus écourtée !!!

 

Sa saison 2008 débuta le 24 mars à Remoulins par un très bon concours des manades Saint-Pierre, Lafont, Cavallini et Paulin-Niquet ; double satisfaction pour Jean… pour sa reprise il ne ressentit aucune douleur à sa cuisse, et en piste, il s’adjugea 6 points au Trophée de l’Avenir… il croise les doigts !!!

 

Toutefois, cette course fut entachée d’une déconvenue, humaine cette fois… les manadiers, organisateurs de la course, ont oublié les engagements qu’ils avaient pris envers les raseteurs… la colère gronda !!!

 

Le carnet d’invitations de Jean, pour la saison 2008, est bien rempli ; il sera dimanche 13 avril à Mauguio et le 20 avril à Manduel où il retrouvera les vaches cocardières… une course à ne pas maquer, quand on sait que Jean aime tant convoler avec les « demoiselles » !!!

 

Jean, paysagiste de métier, vénère la nature ; la chasse, la pêche et monter à cheval à la manade Lou Simbeù à la Calmette pour trier les taureaux, font partie de ses passions.

 

A Moussac, où il réside, il est membre du club taurin local ; pour la fête de son village, il figurera à la « capelade » des trois courses organisées les 14, 16 et 18 août.

 

Afin d’assouvir pleinement sa passion de la course camarguaise, le plus fort souhait de Jean, est d’aller sans embuches au terme de cette saison.

 

Puis, en terminant cet entretien, il me confia : « J’ai toujours gardé en moi cet esprit du jeu avec le taureau ; peu importe les trophées et les gains, qui, même s’ils ne sont pas négligeables, ne sont pas prioritaires ; je veux avant tout respecter mes engagements vis-à-vis des organisateurs, et satisfaire pleinement le public ».

 

Charles, Jean… même combat… une passion débordante pour ce noble art qu’est la course camarguaise, qui nous touche vraiment, sachant que le parcours dans leur jeune carrière n’a pas été toujours recouvert de velours !!!

 

Jean est un garçon attachant… lorsqu’il se confie à « cœur ouvert », sous ses airs désinvoltes, se cache une pureté d’âme, que seule la passion qui l’anime peut dévoiler  !!!

 

Commentaires (11)

1. Chris 18/04/2011

Je suis éleve d'école taurine de Chateaurenard et ami de Jean !Quand je vois cet article j'en ai les frissons !c'est quelqu'un qui c'est resté simple et si il etait si bon et faisait autant brillé les taureaux c'est qu'il etait passionné et qu'il faisait ce sport par passion et pas pour se qu'il y a au bout de chaque course jean c'est mon exemple et dommage qu'il est arrété la Course Camarguaise !!

2. sandra 30/07/2009

Cette article et vraiment super

3. huguette et max 24/07/2009

jean tu es celui qui represente pour mon petit daniel le raseteur et le plus grand et pourtant il en a vu des dizaines mais il ne parle que de toi son plus grand souvenir pour lui c'est la cocarde que tu lui a donne depuis il veut etre raseteur

4. nathalie. C. 01/07/2008

Jean tu a été le premier à franchir la porte de la chambre du c.h.u quand anthony a eu son accident à l'école taurine le 20.04.2007, j'y ai découvert un jeune très chaleureux sur le plan humain, un garçon formidable, les mots que t'a eu pour réconforter antho qui était encore en état de choc, l'on bien réconforté.Ta soeurette au urgences a été d'un grand soutien.Merçi à toi et aujourd'hui, bon rétablissement à ton frère.

5. Maguy SILBERMANN 17/06/2008

Ravie de lire ce bel article sur Jean qui fut un de mes apprentis paysagistes! j ai suivi ses péripéties et sa passion taurine .alors bonne année 2008 Jean.mais prend soin de toi quand même!!

6. Jean 16/04/2008

Didier je te remerci pour cet article ; il y a des paroles de Pascale, Olivier, Frédo et mon Cloclo qui m'ont touché sincèrement, et par moment les larmes aux yeux.
Pour moi, vous resterez gravés dans mon coeur même si je viens plus beaucoup a Bouillargues.
Bisous a tout le monde et merci encore.

7. Pascale 14/04/2008

Encore un ancien élève de Bouillargues que j'ai suivi pas à pas, jeune homme au grand coeur dans tous les sens du terme. Une passion débordante des deux frères et surtout une loyauté dans tout ce qu'ils entreprennent, des hommes généreux car on ne peu pas les dissocier, jean,charles, au début je les appelais 'Jean Charles' au moins j'étais sure de ne pas me tromper. Un coup de chapeau a Maribelle leur maman, car, un en piste c'est du souci, alors deux .......et camicases en plus......je tremble pour eux, pour elle, qui aussi tremble pour les copains. Je souhaite a Jean, comme à Charles de prendre leur plaisir et une bonne saison 2OO8. Didier tjrs super tes articles, merci pour eux et pour nous tous.

8. Fred 14/04/2008

Article très sympa... Jean étant arrivé vers la fin de mes années d'école taurine, je me souviens qu'on les appelait Quick et Fluke ; il a su se débrouiller dans ce milieu... J'allais oublier... Jean et un skieur hors normes !!!

9. Pince Olivier 12/04/2008

Je voulais juste rajouter que l'un comme l'autre, les frères Chanats sont des garçons fidèles, prêt à aider et soutenir les élèves de l'école de raseteursdont ils sont issus. Nous avons pu encore le vérifier à Rodilhan (5/04) ...

10. Pince Olivier 11/04/2008

Leur passion n'étant pas issue d'une tradition familiale, la "fe di biou" des frères Chanat fut aussi fulgurante qu'un coup de foudre. Au tout début, Jean était plus doué que son frère. Il comprit rapidement comment aller à la tête d'un taureau, mais aussi comment bien s'en sortir. Mais la progression de Charles fut telle que ce dernier monta en protection un an avant Jean.
Qu'importe, aujourd'hui les Chanats sont reconnus dans le milieu taurin comme des garçons forcément courageux, travailleurs, généreux et débordant de passion. L'année 2008 semble être celle de leur renouveau respectif, et c'est tant mieux pour eux et pour la course camarguaise.
Elève, des roustes, Jean en prenait déjà - et des grosses - Comme son frère, Jean n'a pas été épargné par les blessures.
Jean - plus que Charles - est aussi un "festéjaïres" de premier plan. Il a su animer comme un chef les précédentes fêtes votive, sans se prendre la tête, sans se soucier du lendemain.
Simplicité et chaleur humaine. Voilà comment se traduirait les empreintes que laissent derrières eux les frères Chanat, croquant les rasets comme la vie, à pleines dents.
Je profite aussi de l'occasion qui m'est offerte pour saluer affectueusement une femme formidable, leur mère, Maribelle, dont le sang ne s'arrête jamais de tourner en voyant ses cascadeurs de fils ...

11. Dumas Claude 11/04/2008

Super l'article Didier... Quelle inspiration.
Je souhaite à moustique de faire une bonne saison.
Que dire sur Jean, que parfois, malqré son manque de délicatesse, c'est un garçon qui est toujours la au rendez-vous, sincère en amitié. Il n’oublie pas d'où il vient et ça, ça me plais.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau