Mercredi 22 septembre 2010 - Course à la Maison d'Arrêt de Nîmes

Des biòus à la Maison d’Arrêt…

Un exceptionnel moment « d’évasion » !!!

Nîmes mercredi 22 septembre 2010

Manade de La Salierene

par Didier Jacquet

S’il est un évènement exceptionnel qui devait être mis en exergue pour la saison taurine 2010, j’opterais sans aucune hésitation pour celui qui c’est déroulé en ce dernier jour d’été à la Maison d’Arrêt de Nîmes.

Et l’été a dignement arrosé cette manifestation de ses ardents rayons de soleil !!!

Mais, personnellement, l’univers carcéral que je découvrais, a quelque peu assombri le ciel, pourtant lumineux, ainsi que mon enthousiasme dès qu’une lourde porte blindée s’est refermée derrière moi !!!

Comment peut-on vivre dignement et en gardant toute sa personnalité dans un tel environnement ?

Un grand merci à Patrick Frilet, photographe professionnel international, qui m'a transmis ses photos... Sans lui, il n'y aurait aucune photo !!!

Malgré l'accréditation qui m'avait été attribuée en qualité de "reporter" pour la "Fe di Biòu", alors que Midi-Libre, France 3, et 2 autres photographes qui sortaient de je ne sais où était présents, un personnage hautain a confisqué mon appareil photo... lamentable... peut-être m'a-t-il pris pour un terroriste ???

Devant la Maison d'Arrêt... une attente interminable !!!

En attendant d'entrer...

Malgré ce grand espace verdoyant, sur lequel avaient été installées les arènes portatives montées par les « auxi » (détenus travaillant au service de la prison), les grands murs gris, les longues et hautes doubles rangées de grillages, les nombreux sas entre deux portes « tubées », les tristes bâtiments abritant les cellules aux petites fenêtres, et les contrôles sur contrôles, comment peut-on trouver des moments joyeux en étant privé de liberté… Mon Dieu, quel horizon est offert à ces femmes et ces hommes !!!

Même si tout est mis en œuvre pour apporter aux détenus un certain  bien être, la frustration de la liberté est un cancer qui doit les ronger jour après jour !!!

Certes, ils ne sont pas là pour rien… mais il ne peut m’être interdit d’établir ce constat après avoir été « enfermé » pendant trois heures et demie… j’ai eu le sentiment d’être détenu moi-même !!!

Les élèves de l'Ecole Taurine de Bouillargues,
en compagnie des tourneurs et des dirigeants !!!

L'Ecole Taurine de Bouillargues

Le décor implanté, ce mercredi 22 septembre était tout de même un grand « jour de fête » pour les quelques cent quarante détenus, femmes et hommes, présents sur les gradins et qui s’étaient inscrits au préalable pour assister à la Course Camarguaise au programme de leurs distractions…

Avec une énorme détermination, c’est à l’initiative de Christine Charbonnier, Directrice de la Maison d’Arrêt, sous l’égide de la Chancellerie, en collaboration avec Henri Itier, Président de la Fédération Française de la Course Camarguaise, de Frédéric Pastor, instigateur de cette journée et de la ville de Nîmes qui apporta le financement, qu’a pu être organisée dette journée, non sans difficultés ni d’infinies démarches administratives… et je sais de quoi je parle !!!

Anthony Bonhomme un des acteurs principal de l'après-midi...

Anthony Bonhomme

Mais je voudrais également mettre à l’honneur Patrick Frilet, photographe professionnel international, qui s’est fortement investi dans la mise en place de nombreuses activités tournant autour du taureau et de la photo, et en particulier des ateliers pour les détenus ; ces derniers, appareils photos en main, ont parcouru la Camargue de manades en manades avec Patrick ; on a pu admirer le résultat des travaux, par de magnifiques œuvres exposées dans la salle polyvalente qui accueillait tous les participants « invités » à l’issue de cette journée pour une sympathique réception !!!

Beaucoup de gens de bouvine étaient présents autour des arènes « temporaires »… Henri Itier, Président, Vincent Bayol, Trésorier, accompagnés de plusieurs membres du Conseil d’Administration de la FFCC, Henri Laurent, manadier, Daniel-Jean Valade, Adjoint à la Culture à la Mairie de Nîmes, Damien Moutet et Romain Gros, raseteurs, et bien d’autres encore avaient tenu à honorer de leur présence cette belle manifestation…

C’est Jacques Valentin, la « voix » des grandes arènes de notre région, qui officiait en qualité de Président de course ; après avoir donné quelques explications sur les tenants et les aboutissants de la Course Camarguaise, il lança la musique de « Carmen » pour accompagner la Capelado, suivie des gardians de la manade de la Salierene ; parmi ces derniers, Serge Fesquet, Président de l’Association des gardians non salariés, présenta, après le troisième taureaux, le cheval de Camargue, son origine, son harnachement et son cadre de vie.

Une grosse action sur Kamel Mohamed...

Kamel Mohamed

Sept jeunes raseteurs de l’Ecole Taurine de Bouillargues dirigée par Claude Dumas, Nicolas Bayle, Anthony Bonhomme, Jamel Bouharguane, Kamel Mohamed, Maxime Nicouleau, Jérémy Soler et Nicolas Vera, aidés des deux tourneurs, Mickaël Arnel et Cédric Boutavin, se présentèrent en piste pour affronter 3 taureaux et 2 vaches de la manade de la Salierene.

André Peytavin, le « pélot » des pensionnaires des prés de Saliers, n’avait pas effectué le déplacement pour rien… avec beaucoup de « pétard » et de la vigueur à revendre, vaches et taureaux surent créer l’animation… rasets très serrés, coups de barrière gigantesques, sauts en contre piste, retours en piste sans besoin des portiers et envolées spectaculaires, ne furent pas pour déplaire au public.

Mais bien sûr, les jeunes raseteurs bouillarguais, en parfaite cohérence avec leurs adversaires qui devinrent au fil de la course leurs partenaires, n’ont pas été étrangers au spectacle proposé, tant leur envie de faire plaisir était perceptible… Si l’air de Carmen est venu plus qu’il ne faut conclure les belles et nombreuses actions de l’après-midi, chez les détenus, quel enthousiasme et quelle joie de les voir applaudir à tout rompre et supporter par la voix, en scandant les noms de Soler, Momo, Bonhomme et autre Vera… Mais oui, un vrai moment de bonheur pour ces hommes et ces femmes qui surent apprécier ce cadeau qui leur était offert, les sortant pour quelques heures de leur train-train routinier qui n’a rien de vraiment enthousiasmant !!!

Henri Itier, Président de la FFCC et Christine Charbonnier,
Directrice de la Maison d'Arrêt,
avec les élèves raseteurs et les tourneurs

Le final

Avant de quitter les gradins pour regagner leurs cellules, après les quelques mots du Président Henri Itier et les remerciements de Christine Charbonnier adressés à toutes les personnes qui se sont associées à ce magnifique projet, avec beaucoup d’émotion, les détenus écoutèrent « La Coupo Santo » dans un silence religieux… Ce fut un moment très touchant !!!

La fête était terminée… pendant que je rejoignais, avec les élèves raseteurs et tous les invités, la salle polyvalente de la Maison d’Arrêt où nous attendait une collation, repassait dans ma tête tout le film de l’après-midi… et là, tout en revoyant les grands moments de bonheur auxquels j’ai apporté ma petite contribution, je n’ai pu éviter d’avoir un petit pincement au cœur, sachant que j’allais très vite retrouver le monde « libre », alors que d’autres allaient se voir contraints à subir l’enfermement… et pour combien de temps… une terrible punition, qui, je le souhaite du plus profond de mon cœur, permettra dès leur sortie une insertion dans la vie, en se disant : « La liberté est bien plus belle que la connerie… » !!!

Avez-vous vu le film "Le Prophète" ???

A ben leù !!! 

Commentaires (3)

1. Nico 21/10/2010

Moi en tout cas sa m'a permi de revoir deux bon ami qui y sont pour quelques mois !! Merci pôur eux ! experience a refaire tres vite

2. Didier Jacquet (Webmaster) 25/09/2010

Merci Djimu pour votre réaction très touchante et tellement vraie !!!

3. djimu (site web) 24/09/2010

Bonjour,
Emouvant de lire cet article sur un spectacle de biòus à la maison d'arrêt.
C'est vrai, ceux qui sont là, y sont, en principe, pour quelque chose ... mais, si la privation de liberté est une chose qui est déjà très dure (trop ? pour certains ...), il paraît inutile de rajouter des punitions telles que (par exemple) les brimades ou la surpopulation carcérale ... Un rapport rendu en 2000 précisait que, dans la prison de Nîmes, on mettait des matelas par terre pour faire coucher jusqu'à 4 détenus dans des cellules prévues pour 2 ! ... Alors, à vous tous qui avaient participé à ces trop courts moments de bonheur, permettez-moi de dire "merci pour eux". Ils en garderont sûrement une trace bleue dans leur univers de gris et de sombre.
Je ne m'étendrais pas sur la confiscation de l'appareil photo ... la connerie est partout ...
Le sujet est immensément vaste, mais, puisqu'il faut bien conclure : des élus étaient là. On ne peut qu'espérer qu'ils feront suivre et remonter leurs constatations et leurs conclusions ... sur tout ce qui s'est passé lors de cette journée. Goutte par goutte, on peut remplir (ou vider) un vase ...
Merci.

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