Défense de nos traditions... Déjà des mises en garde en 1934

Il y a presque 80 ans… mais tellement d’actualité !!!

QUELQUES REFLEXIONS SUR LA DEFENSE DE NOS TRADITIONS…

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11  mars 1934... Alphonse Arnaud mettait en garde... bien d'actualité !!!

Avant propos…

par Jacques Bonamy, grand passionné et membre de la Nacioun Gardiano…

« Les quelques lignes qui suivent, donnent fort à réfléchir. Je n'en suis pas l'auteur. Elles sont anciennes mais paraissent tellement d'actualité !

Le texte que vous allez lire, est le discours prononcé par Alphone Arnaud, Capitaine de la « Nacioun Gardiano », lors de l'assemblé générale de celle-ci le 11 mars 1934 à Lunel !

Alphonse Arnaud (1888 – 1973), de Saint-Just dans l’Hérault, fut manadier, paysan, durant 34 ans… Majoral du Félibrige en 1934, il présidera en qualité de Capitaine aux destinées de la Nacioun Gardiano de 1930 à 1964.

Je m'excuse auprès de celles et ceux qui pourraient ou auraient pu avoir connaissance du texte originel, de n'avoir pas retranscrit exactement celui-ci. Il a été écrit en langue Provençale et a du être adapté à la langue Française. De plus certaines césures ont été nécessaires.

La liberté de parole d'alors n'ayant plus court aujourd'hui !!! »

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Alphonse Arnaud

Le discours

d’Alphonse Arnaud

Nacioun Gardiano

« Il y a quelques jours, un Franchimand (1) habitant en Languedoc, qui aime et comprend le Midi, me disait : « Comment se fait-il que tant de méridionaux, vivants sous un ciel de lumière, dotés d'une langue admirable, habitants une région tant diversement belle, ayant un esprit, des traditions,  un costume tant différent des autres régions de France, méprisent tout cela et imitent avec admiration et ferveur, tout ce qui vient de Paris et de « là-haut ? ».

Je lui ai répondu: « Parce qu’ils ont une âme de vaincus ! ».

Rappelez-vous les vers de Baroncelli dans « Blad de luno » (2) :

« Notre peuple glouton, s'est réveillé un jour voulant suivre l'élite !

Mais il n'est aujourd'hui plus rien : tous ont la mort dans l'âme,

Le couteau dans le corps, mais ils ne sentent pas la lame,

L'ennemi s'est dit frère et tous l'ont cru,

Il a empoisonné les sources, et tous en ont bu... ».

Et les vers de d'Arbaud, dans « La chanson des fers » (3) :

« … Si le barbare tape à la porte depuis plus de sept cents ans... »

Et le « barbare » a fait plus que taper à nos portes : il est entré dans nos maisons il y a bien plus que sept cents ans !

Il a empoisonné nos puits et nous en avons trouvé l'eau délicieuse.

Il s'est assis à notre table et, alors que nous partagions le pain, comme avec un frère, ses compagnons se sont appropriés nos terres et le vol commis, nous ont dit :

« Mes amis, c'est pour votre bonheur !

Nous vous avons tiré d'une vie de paresse et de corruption où vous vous encrassiez ! 

Vos libertés nationales et municipales vous menaient tout droit à de trop grandes permissions et  tout droit à l'anarchie. Nous vous avons fait goûter à la beauté de la discipline Parisienne... »

Et nous, émus et enthousiasmés, avons criés : « Vive la dirigence de Paris ! »

Puis, lorsqu'ils nous ont vu bien « à point », ils nous ont mangés, tous ces beaux-disant, et ont ajouté :

« Vous ne pouvez pas devenir nos égaux si vous continuez à parler votre mauvais patois que plus personne ne comprends en dehors de votre pays. Abandonnez-donc votre « charabia » aux gens de « rien du tout » et devenez des gens « comme il faut ! »

Et, pour devenir des « Monsieur » et des « Franchimand » (1), nous avons abandonné la langue de nos aïeux.

Mais, ils n'en sont pas restés là.

Ils nous ont vus tellement lâches, tellement admiratifs et dépersonnalisés que, de siècles en siècles et, sans que nous nous en apercevions, nous les avons laissé voler nos dernières libertés et fondre nos usages et nos lois, faits pour nous, dans des usages et des coutumes faits pour eux.

Nous avons perdu notre façon particulière de vivre, de penser, de sentir, d'écrire, de chanter.

Nous sommes devenus des créatures hybrides, sans relief, sans personnalité, et, ce qui est plus grave, des « renieurs », de bas serviteurs de toutes ces choses qui nous sont étrangères.

Comme il arrive toujours, notre platitude devant des gens qui ne valent pas plus que nous, ne nous a rapporté qu'affronts et mépris.

Quand Paris parle de la «  Province » et surtout du Midi, on dirait qu'il s'agit d'une lointaine et méprisable colonie, en retard de deux siècles sur la société dite civilisée d'aujourd'hui.

Nous avons perdu force et fierté. De bas politiciens nous ont jeté ce qu'ils nous croyaient dû en traitant de « lâches », les poilus des XVème et XVIème corps (4).

Nous avons ce que nous méritons, comme les français des autres provinces, lorsque l'on nous embrigade dans des partis et idéaux de couleurs différentes où, sous de grands mots et des formules ronflantes, grouillent hypocritement le lucre, l'ambition et la pourriture.

Nous avons ce que nous méritons lorsqu'ils disent des courses de taureaux : « C'est un spectacle de sauvages ! », et qu'une société d'inspiration Anglo-Saxonne a tant de protecteurs et tant d'encenseurs parmi nos compatriotes !

Ils ont bien une âme de vaincus, tous, de vaincus inconscients ! De niais et de vassaux, comme, malheureusement, hélas, dans beaucoup d'autres Provinces.

Et notre jeunesse ? Notre jeunesse qui s'enthousiasme bêtement sur un signal de Paris, pour tout ce qui vient de lui, ou par lui de l'étranger, de ces pays du Nord que l'on nous montre comme un monde supérieur alors que nous n'en avons cure, nous autres avec tout le feu de notre sang Gaulois et Latin, nourri d'un lait bien plus clair et bien plus ensoleillé que le leur !

La grande raison que nous donne cette jeunesse, c'est qu'il faut être de son temps !

Nous sommes tout à fait de cet avis ; il faut vivre avec son temps… Mais, si notre temps doit être celui d'une musique infernale, d'une poésie de nigauds, d'une mode au goût barbare, d'une architecture démesurée, d'une façon de vivre à contre-courant, tout cela venu de contrées lointaines, pas faites pour nous, eh bien, nous ne voulons pas être de ce temps !

Et, si nous ne sommes pas assez forts, assez fiers, assez grands, nous autres Occitans, Bretons, Alsaciens, Provençaux, Picards, en un mot, Français, pour le créer ce temps à notre image et en faire « Notre temps », nous n'avons plus de raisons d'exister !

Il vaut mieux disparaître plutôt qu'être le pâle reflet des autres !

Notre jeunesse nous dit : « Ce temps, il n'est pas ce qu'il devrait être ! ».

Peut-être ! Mais si cela est vrai, à qui la faute ? A nous ?

C'est certain, nous, fils de paysans, honteux de leurs origines, ceux que Mistral traitait de «  Monsieur sans rentes », nous dirions aujourd'hui des « parvenus », renions nos racines.

Les rejetons de bourgeois dégénérés, gonflés d'argent et d'orgueil, n'en parlons pas ! Ils n'ont même pas une âme de vaincus !

Mais, ceux qui ont le cœur haut, qui éprouvent le besoin d'aimer et de servir une chose noble et belle, ceux qui ne voudraient pas se laisser emprisonner par leur vie quotidienne, les « jeunes », enthousiasmés et ardents, avons-nous réussi à les comprendre ?

Ont-ils trouvés, dans notre génération, les directives de vie, les sentiments généreux qu'ils y cherchaient ?

Non !!!

Non, nous les avons tellement rejetés, tellement cachés, ces sentiments, par méfiance et par lâcheté, que nous avons fait de nos fils des monstres de scepticisme, de cynisme, reniant leur propre mère, et en avons fait des « vieux » avant l'âge !

Prenons l'exemple dans ce qui nous est proche : la course de taureaux.

Si les jeunes ne sont plus guère passionnés, c'est que leurs élites ne le sont plus.

La masse, c'est un fait avéré, imite l'élite. Les modes se font « en haut », dans les grandes maisons de pierres, puis, bonnes ou mauvaises, elles descendent sur les cabanes.

Nous avons besoin plus que jamais, d'un idéal pour échapper à la « fangue » matérialiste qui nous étouffe.

Dans notre région, il y a partout des clubs taurins. Que font-ils ?

Ils discutent, la plupart du temps, sur des choses sans importance, sur de petites questions de technique.

Ils jettent feu et flammes contres les manadiers qui sont des « gandars », contre les directeurs d'arènes qui sont des voleurs, contre les toreros qui sont des bandits, et sont heureux lorsqu'ils peuvent obtenir des places ou abonnements aux arènes à un prix plus bas que le commun des mortels !

Rares sont ceux qui s'élèvent un peu plus haut.

Cet esprit regrettable se répand à propos du moindre incident dans les courses à la cocarde et, ce qui se voit dans les clubs taurins, s'enfle, avec des variantes, dans tous les milieux.

Si nous voulons que notre jeunesse vienne vers nous, élevons au-dessus de ces vulgarités notre grande « Fe di Biòu », aimons et répandons la course et nos traditions pas seulement pour elles-mêmes, mais pour tout ce qu'elles représentent.

Idéalisons l'acte du cavalier et du raseteur. Environnons tout cela d'une atmosphère de poésie et de beauté.

Faisons-en quelque chose de désintéressé, autre chose qu'un simple sport sans autre portée qu'il tire de lui-même.

Faisons en plus qu'un jeu vulgaire mais une sorte d'institution nationale, une idée, une mystique !

Sachons garder ou retrouver le sens des symboles !

Et, partant de là, faisons de même pour tout ce qui nous semble beau, grand et noble dans la vie locale, provinciale, nationale, spirituelle.

Alors, nous n'aurons plus une âme de vaincus !

Nous ne sentirons plus sur nous ce poids immatériel et terrible, venu d'ailleurs, qui nous donne le sentiment que nous ne sommes plus nous, mais le triste résultat d'une erreur ! »

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Renvois

(1)  Franchimand : Français du Nord. Par extension, tout ce qui vient du Nord.

(2)  Blad de luno : « blé de lune »: Œuvre littéraire du Marquis, retraçant ses amours avec Jane de Flandreysi.

(3)  Fer : Trident du gardian.

(4)  Poilus des XVème et XVIème corps : certains régiments, en particulier le 17ème d'infanterie, se mutinèrent lors de la grande révolte viticole de 1907, refusant de tirer sur la foule des manifestants. Lors de la Grande Guerre, ils furent systématiquement envoyés en première ligne par « punition ».

Commentaires (1)

1. LEON 12/11/2017

Que de vérité, que d'actualité, J'adore, à faire lire dans les écoles, collèges et lycées.

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