La Croix Occitane, Languedocienne ou Provençale ???

  LA CROIX OCCITANE  


Une chronique de Jacques Bonamy…


Croix Languedocienne ou… Provençale ?

Cette étude n'est qu'une ébauche, une vulgarisation. Elle est loin d'être complète.

Ce n'est qu'un essai sur les origines possibles de cette croix si particulière et sur les raisons de sa venue en Languedoc.

Un peu d'héraldique...

Cette science, qui traite de l'étude des blasons et armoiries, définit cette croix dite « Occitane », mais aussi, « Croix du Languedoc » ou encore « Croix de Toulouse », comme une croix Grecque, pattée, cléchée, vuidée et pommetée.

Croix-Grecque pattée cléchée vuidée et pommetée Grecque, car les branches en sont égales…

Pattée, car ses branches vont du centre, vers l'extérieur, en s'élargissant…

Cléchée, car ses extrémités se referment, formant ainsi une pointe saillante, rappelant les vieilles clés Romaines.

Vuidée, car sa consistance, c'est-à-dire le milieu, est évidé ; seul le contour est apparent, faisant ainsi apparaître une croix plus petite à l'intérieur, sur fond de même couleur.

Pommetée, car ses pointes, au nombre de douze, sont couronnées de boules réparties à trois par branches.


Ce symbole, aujourd'hui identitaire d'une région, fut porté, sous une forme quasiment identique à celle que nous connaissons, par les comtes de Provence, de Forcalquier et les vicomtes de Marseille, avant de passer en pays Toulousain.

Blason de Jacques de Forcalquier, Seigneur de Roubion, mort en 1479

Blason de Jacques de Forcalquier


Pour rester dans l'héraldique, nous dirons que sur le blason de la Maison de Venasque, (cité proche de Carpentras), elle apparaît « d’azur sur champ d'or », ce qui signifie, croix bleue sur fond jaune.

Blason de la famille de Venasque

Blason de la famille de Venasque


Sur celui de la famille apparentée de Gigondas, les couleurs sont « argent sur fond azur », c'est-à-dire, gris sur fond bleu.

Sur le blason des comtes de Toulouse, elles passèrent à « or sur champ de gueules », autrement dit, jaune sur fond rouge... couleurs encore actuelles.

Symbolique et origines...

Certains y voient, au début, une roue solaire à 12 rayons, bouletés à leurs extrémités ; 12, car c'est le nombre sacré qui permet de maîtriser l'univers dans ses trois dimensions :

  • spatiale, comme les douze maisons du zodiaque,
  • temporelle, avec les douze mois de l'année,
  • spirituelle, par les douze marches initiatiques que les sages gravissent jusqu'à la connaissance suprême.

On retrouve une forme de croix comportant douze points et rappelant vaguement celle actuelle, chez un peuple vivant dans le sud de la Gaule, trois siècles avant Jésus Christ...

Les Volques... Vers le IIème  siècle, ils se séparèrent ; Les Volques Arecomiques s'installant dans la région de Nîmes, pour donner, plus tard la « colonia nemausensis », et les Volques Tectosages dans la région qui va de Narbonne à Toulouse.

En Gaule Cisalpine, il s'honorait également d'autres croix de même type, dites « Celtiques », avec des branches égales et pommetées, venues du nord de l'Europe.

D'autres formes de croix de même type, sont ramenées par les marins navigants en Méditerranée.

On en retrouve une, également ressemblante, en Catalogne Espagnole. Elle semble matérialiser l'itinéraire des Wisigoths depuis la Mer Noire, via les Balkans, l'Italie et la Provence, en direction de Toulouse et du pays Catalan.

La croix occitane a sans doute subi l'influence de la croix tréflée, dite « Copte »,  et qui viendrait de Saint Marc ; celui-ci évangélisa l'Egypte actuelle et fonda l'église d'Antioche (en Turquie actuelle).

La Croix Copte

La Croix Copte


Cette croix Copte fut adoptée par la fameuse « Légion sacrée », que l'Empereur Maximin  conduisit en Helvétie (Suisse), mais qu'il aurait, au final, et après la victoire, fait massacrer, car son chef, Maurice, refusa de sacrifier des prisonniers chrétiens à des Dieux païens.

Saint Maurice est particulièrement honoré en Comtat Venaissin, d'où proviendrait cette croix, ainsi que nous allons le lire plus loin.

Le Sceau de la Famille des Baux

Le Sceau de la Famille des Baux


Pourquoi donc Maurice est-il ainsi fêté en cette région Avignonnaise ?

Probablement par l'intermédiaire des Burgondes (qui, en France donnera les Bourguignons), peuple nomade se rependant dans le sud de la Gaule, amenant avec eux une dévotion née prés du lac Léman, à Maurice et à sa croix.

Ces deux peuplades, Wisigoths et Burgondes, auraient donc une influence indirecte sur les origines de la croix Occitane.

Plus d'un érudit pense que cette forme de croix, très particulière, serait une mutation graduelle, au fil des siècles, de la croix Copte et de la croix Byzantine. Mais, ce n'est qu'une supposition.

La Croix Byzantine

La Croix Byzantine


Ses origines réelles restent encore inconnues.

Comment devint-elle Languedocienne ?

Il est à remarquer que les témoignages les plus anciens sur cette croix, dans sa forme à peu prés actuelle, se retrouvent en Comtat Venaissin, à Sarrians, exactement, dans la chapelle de la « Sainte Croix ». Celle-ci fût bâtie par Boson, premier comte de Provence, vers l'an 950. Il se trouve là une pierre funéraire sur laquelle est gravé ce symbole.

La Croix du Languedoc

La Croix du Languedoc


Les historiens s'accordent à dire que les seigneurs de Venasque furent bien les premiers à en orner leur blason.

Cette attribution est notée en 1080 à Marseille. On la retrouve sur un sceau de la famille de Venasque en 1094. Mais, auparavant, elle fut le signe de famille de Guilhem le libérateur et de son frère Roubaud, tous deux Comtes et Marquis de Provence, seigneurs de Venasque. Et c'est par le biais de la petite fille de ce dernier, Emma, elle-même Comtesse de Venasque, que cette croix passa en Pays Toulousain.

Emma se maria en l'an 990, avec Guilhem Taillefer, Comte de Toulouse et aïeul de la lignée des Raymond de Toulouse. Emma amenait en dot, terres et comtés en Provence, mais également les armoiries de sa famille ornées de cette croix.

C'est ainsi que la Maison de Toulouse l'ajouta à ses propres armoiries.

Le premier Comte Toulousain qui l'aurait arborée sur son écu, fut Raymond IV de Saint-Gilles qui organisa la 1ère croisade en Terre Sainte en 1096. Hypothèse contestée, un acte officiel en prouvant l'usage avant cette date.

Raymond V, à la fin du 12ème siècle, bien que Comte de Toulouse, n'y passa guère de temps.

Il utilisa surtout ce symbole sur ses terres Provençales dont il était Marquis.

Après lui, Raymond VI et Raymond VII, en furent les plus grands utilisateurs et accordèrent à maintes cités le droit de l'utiliser : Marmande, Castel-Sarrazin, Penne-d'Argent...

En conclusion...

Cette croix, aujourd'hui symbole fort de l'Occitanie et de ses combats, lui appartenant depuis mille ans, serait donc issue de multiples influences. Amenée par les migrations les peuples, les religions, les échanges commerciaux, tout cela mêlé de traditions locales.

Mais, au vu des éléments relevés ci-dessus, il semblerait qu'elle passa bien par les Marches de Provence avant de migrer vers le Languedoc et le Pays Toulousain, pour s'y établir définitivement.

Alors, cette croix Occitane… Languedocienne ou Provençale ???

Commentaires (4)

1. Remi VENTURE 18/10/2014

Bonjour,
Je me permets de vous signaler la parution de mon ouvrage "Sang & or: un drapeau européen pour la Provence", paru cet été aux éditions du Collectif Provence (Grans). M'appuyant sur les travaux d'historiens et d'héraldistes, j'y démonte la prétendue origine provençale de la croix de Toulouse, qui n'est autre que l'insigne dynastique des comtes de Toulouse, sans doute ramené des croisades. Si on retrouve cet insigne dans le Comtat Venaissin, c'est parce que les comtes de Toulouse en revendiquaient la possession, en tant que marquis de Provence. On rappellera d'ailleurs que la première capitale du Comtat n'est autre que Vénasque - d'où provient le nom de "Venaissin". Elle a été ensuite arborée par les partisans de la Maison de Toulouse, par exemple leurs parents, les comtes de Forcalquier, surtout pour s'opposer à la Maison de Barcelone et sa bannière rayée jaune et rouge. J'ajoute que même si des légendes ont tenté de faire croire que les blasons de certaines dynasties dataient du Xe siècle voire même d'avant, il ne s'agit que d'histoires créées a posteriori pour augmenter le prestige de leurs possesseurs. En fait les plus anciens blaons ne datent que du XIIe siècle, et pas d'avant...Je reste à votre disposition en cas de renseignements suppémentaires...

2. Hector 08/06/2014

Comme la tête de maure qui figure sur le drapeau corse, la croix occitane fut créée par les ateliers monétaires. Toutes les monnaies du XIII° siècle sont caractérisées par une pile qui comporte une croix et une face qui comporte un symbole d'identification. Différencier la croix permettait de mieux reconnaitre les pièces. Les croix des monnayages de provence tendent à prendre la forme de la croix occitane une cinquantaine d'année avant son apparition. Sur certaines figure déjà l'estrella qui était un moyen d'identifier le coin du monnayeur. Les artistes des ateliers de Raymond de Saint Gilles à Pont de Sorgue eurent l'idée de boulocher la croix pour les rendre moins imitables. Mais le véritable emblème était de l'autre côté : le soleil et le croissant de lune que l'on retrouve sur le blason de la ville de Toulouse. Le succès fut tel que la croix boulochée associée à une étoile devint l'emblème des marquis de provence. De la même manière, la "tête de maure" de Corse et de Sardaigne provient de l'imitation des monnaies byzantines depuis Constantin

3. Jean-Pierre DESCOUTS 11/06/2013

Bon article.
Cette croix est également appelée "Croix Cathare" ...
Mais, pensez-vous comme certains historiens que les Cathares ont vraiment utilisé cette croix ?
Il semblerait qu'ils aient rejeté la croix chrétienne (latine) qui symbolisait la crucifixion de Jésus et qui n'était pour eux qu'un instrument de torture ... et auraient donc adopté la croix du Languedoc.
Cet idée est a priori controversée car il semble qu'en fait, les Cathares rejetaient tout objet religieux ...
Cordialement,
JP

4. Eraldica Occitana (site web) 11/02/2013

Bonjour et bravo pour cet article qui évoque ce symbole fort de notre culture occitane. Nous vous invitons à découvrir et faire découvrir notre site consacré à l'héraldique occitane sur http://eraldica-occitana.over-blog.com/ Merci à vous.

Amistats

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau