Billet d'humeur... Retour en grâce...

 Retour en grâce…

Charles, Fabien, Radouane…

Par Olivier Pince

De prime abord, cette 47ème finale de la Marguerite d’Or ne restera pas dans la mémoire des aficiounas comme un grand cru. Les taureaux présentés furent relativement flats sans parler de ceux qui, au bout d’un moment, trop court, ont fini par abandonner le combat.

Mais du côté des raseteurs, si on y regarde d’un peu plus prés, cette course aura permis d’admirer, je pèse mes mots, trois de ces hommes se refaire une santé « taurine » en puisant au plus profond d’eux-mêmes des ressources que l’on pouvait logiquement croire inespérée.

Charles…

Je commencerai par le premier d’entre eux qui n’a pas encore recouru, certes, mais dont la foi et le moral ne laissent présager aucun doute quant à la possibilité de reprendre prochainement le crochet… pour la saison à venir…

Je parle bien sûr de notre ami Charles Chanat.

Lors de la Capélado, il a reçu l’hommage unanime de tout un peuple, celui de Bouvine, au cœur même du village qui l’a vu naître.

L’émotion générale était palpable.

Chaque pas foulé sur le sable marguerittois, au milieu de la haie d’honneur que lui ont dressé ses amis raseteurs, résonnait comme une victoire supplémentaire face à un destin qui aurait pu largement en décider autrement.

A chaque pas de Charles, le public se leva progressivement pour ovationner son héros avec une chaleur encore plus intense que celle qui a écrasé de sa suffocante moiteur toutes les personnes présentes sur les gradins.

29 juin… 29 juillet… soit exactement un mois placé entre quatre murs à râler, à tourner en rond, à subir trois anesthésies générales et autres contraintes dues à divers examens de contrôle, avant de recouvrer la lumière du jour et de recommencer à côtoyer, aussitôt, ce milieu taurin qui lui manquait tant.

Car au-delà du raseteur spectaculaire, les organisateurs et le public ont aussi, forcément, salué l’homme, modeste, sympathique, avenant et d’une extrême générosité.

Ils ont salué l’homme qui, s’il s’était retrouvé dans la même situation il y a ne serait-ce que quinze ans en arrière, n’aurait sans doute plus été de ce monde…

Si nous sommes amenés à revoir Charles en piste, nous ne pourrons nous empêcher de nous remémorer cet épisode tragique, avec cette crainte désormais décuplée… Il ne nous fera plus vibrer de la même façon… ce sera pire !!!

Mais nous n’en sommes pas encore là…

Fabien…

En parlant des raseteurs, j’aurai toujours tendance à dire qu’à chaque course, il réalise l’exploit de se confronter aux cornes des taureaux. Mais Fabien Grammatico en à réaliser un de bien singulier.

Non, je ne parle de sa prestigieuse victoire à la Cocarde d’Or en 2001. En effet, cinq petits mois au trophée des As lui avaient suffit pour décrocher le « Graal camarguais ». Celui qui embellit un palmarès, et marque toute une vie.

Je voulais plutôt évoquer sa seconde place à la Marguerite d’Or, cette année, à une minuscule longueur du vainqueur, Romain Gros. D’ailleurs, il avait largement la place de gagner si certains de ses homologues raseteurs, copains comme cochons avec le lauréat 2008, ne lui avait carrément barré la route menant vers les cornes du dernier taureau de l’après-midi. Les lois s’instaurant entre les raseteurs sont parfois cruelles. Mais cela est vieux comme le monde…

Vainqueur de la Cocarde d’Or 2001, deuxième de la Marguerittes d’Or 2008… quoi de comparable me direz-vous ?

Un parcours… Un parcours dont les embûches furent multiples. Et parfois même gravissime…

Ce garçon n’a pas été épargné par les blessures. Ces dernières années, elles se sont succédées… une grosse par an en moyenne !!!

On se souvient il y a deux ans de Xérès de la manade Chapelle, qui le « scotche » littéralement en haut des tubes de Fos (?) lui causant de multiples traumatismes et autres fractures, l’éloignant hors des « ruedos » pendant un long moment.

Avant de revenir…

L’année dernière, il se fait opérer de son genou, se prépare, et revient encore…

Cette année, au mois de mai, le cocardier Raboliot lui inflige deux grosses « cornadas » au niveau des aisselles dont l’une lui frôla le cœur.

Il y a de quoi réfléchir… surtout lorsqu’on vient de devenir… père de famille !!!

Il faut croire que c’était tout réfléchit.

Il reviendra encore...

Je le revois se revêtir de blanc pour la première fois le 14 juillet dans les arènes des Paluds de Noves pour la complète de Lautier.

Je ne pensais pas le revoir, d’une part… et si tôt, encore moins. Et pourtant…

Il se remettra, déjà, a lever des attributs… et quinze jours plus tard, il est à deux doigts de remporter la Marguerite d’Or… comme si ne rien était… comme si les taureaux ne l’avaient jamais touché !!!

Quel exemple de courage et de ténacité !!!

Radouane…

Voilà un garçon qui a démarré sa carrière en trombe…

Radouane Errik remporte le prix « Star de demain » en octobre 2005 lors de la journée réunissant toutes les écoles de raseteurs au domaine de Méjanes, avant de se révéler dans les courses de protections avec les Four, Sabde, Gros, Bruschet…

L’année d’après, en tout début de saison, il est obligé de se faire opérer des ligaments croisés du genou, puis encore une autre opération devra être nécessaire…

Au final, il aura passé plus d’un an et demi sans raseter !!!

Pendant toute sa convalescence, je n’arrêtais pas de le voir aux courses. J’observais ses yeux briller chaque fois qu’il voyait ses amis courir devant les taureaux… se disant sûrement qu’il les rejoindrait bientôt !

De retour en piste, c’était comme s’il s’était arrêté la veille. S’étant remusclé et affûté physiquement comme jamais, il s’est réapproprié son raset court et engagé qui faisait déjà son succès depuis ses tout débuts.

Et à Marguerittes, il se classe troisième du trophée, alors qu’il n’a fait que deux journée, et fut désigné, sans contestation aucune, meilleur animateur de la finale, écrasant cette dernière de sa classe et de sa volonté. En réalisant les trois journées, il aurait très bien pu prétendre à la victoire.   

Lui aussi, comme si ne rien était…

Parler de Charles, de Fabien et de Radouane, c’est essayer d’imaginer à quel point la place du raseteur et celle de l’homme se confondent. C’est essayer d’imaginer à quel point, certaines passions sont telles, qu’elles orientent votre vie vers une seule et même direction. C’est essayer d’imaginer à quel point les blessures du corps, quelle qu’en soit leurs gravité, sont peu de chose à côté de celles qui les obligeraient à stopper cette relation si intime, si singulière, qu’ils entretiennent avec le seigneur de Camargue. Cette relation, que leur cœur et leur âme ont besoin de se nourrir au quotidien.

Cela ne signifie pas pour autant que ça été facile pour eux… Loin de là !!!

Il y a tant de paramètres à prendre en compte. Il y a tant de souffrance à endurer, sans compter celles que l’on crée envers sa famille, ses proches…

Puis, il faut faire le point, se remettre en question.

On est en proie à ses doutes, on se demande si ça en vaut la peine…

Est-ce que si je devais m’arrêter, je ne le regretterai pas ?

Serais-je véritablement heureux, sans ça ?

Ce sont des hommes racés, exceptionnels… mais ce ne sont que des hommes… avec leur force et leur faiblesse…

Car s’ils font le choix de recommencer à raseter ce n’est pas seulement pour eux, mais c’est pour satisfaire aussi toutes celles et ceux qui, en les regardant faire, n’ont jamais pu se sentir capable d’être à leur place, préférant aisément les brocarder, et se dire finalement que c’est normal… et que c’est mieux ainsi…

C’est si facile…

Il s’agirait peut-être de réfléchir, il s’agirait peut-être de s’intéresser, il s’agirait peut-être de comprendre…

Ou peut-être s’agirait-il juste de tendre l’oreille pour recevoir de leur part… une belle leçon d’humilité !!!

Commentaires (2)

1. berseker 06/11/2008

Je connais Radou personnellement est c'est un homme super gentil avec beaucoup de coeur je les vu jouer au foot commencer a faire c'est 1er razet en taureau piscine lors de c'est 1er course pas le temps pour la vache de ce retourner qu'il était deja passer comme une fleche il a arreter le foot en club pour ce consacrer a la course camarguaise est maintenantil démontre qu'il a un grand talent je pense que c'est un razeteurs d'avenir en esperant que les blessure s'arreterons pou ce garçon

2. estelle 04/08/2008

c'est très bien dit, bravo Olivieret bravo aux 3 hommes dont le portrait est ici fort bien brossé....

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