Billet d'humeur... Les héritiers...

 Les héritiers…

Par Olivier Pince

Clap de fin sur ce 58ème Trophée Taurin.

La saison 2009 fut charnière à plusieurs titres dans l’histoire de la Course Camarguaise contemporaine. 

En effet, cette année nous avons vu les dernières foulées majestueuses d’un des meilleurs cocardiers des années 2000, Camarina de la manade Chauvet, couronné par trois Biòu d’Or, laissant ainsi une empreinte indélébile sur les pages du grand livre de la bouvine.

Et demain ? Quel(s) taureau(x) serai(en)t susceptibles de lui succéder dans le cœur des afeciounas ?

- Peut-on miser sur le Biòu d’Or de cette année, Pasteur, digne héritier d’une immense lignée de grands cocardiers de la manade Fabre-Mailhan qui ont traversé les décennies ?

Sans tous les citer, - il y en a tellement ! - on peut cependant remarquer que le sacre de Pasteur vient 38 ans après le second Biòu d’Or du taureau qui restera sans doute le plus emblématique de cet élevage, Rami (Biòu d’Or 1969-1971).

En les interrogeant, Jacques et Pascal Mailhan n’ont évidemment pas omis d’avoir une pensée émue pour leur illustre père, Marcel, qui, n’en doutons pas, aurait su apprécier à sa juste valeur ce beau moment pour la manade.

- Peut-on miser sur le dauphin malheureux de Pasteur qu’est Rodin de la manade des Baumelles ?

Beaucoup l’ont vu Biòu d’Or bien avant l’heure. Mais il y a eu un élu, des heureux et des déçus…

En même temps, c’est comme cela depuis quasiment la création du Biòu d’Or. Il me semble que le plus vieil exemple de contestation remonte à l’année 1957. Année durant laquelle les frères Raynaud refusèrent l’attribution du Biòu d’Or pour leur cocardier Régisseur - lui aussi emblématique de cette manade - estimant que leur taureau avait réalisé sa meilleure saison l’année d’avant. Récompense décernée alors à Cosaque de la manade Lafont.

Alors, entre Pasteur et Rodin, tous les doutes seraient-ils permis ?

Personnellement, je ne les ai pas assez vus courir cette saison pour m’arroger le droit d’émettre un avis crédible sur la question.

D’ailleurs, de tous les taureaux présents en ce dimanche 11 octobre dans les arènes d’Arles pour cette finale 2009 du Trophée des As, aucun n’a fait sourdre en moi l’espoir d’un renouveau majeur.

Certes, chacun a eu ses bons moments cette année, sinon ils n’auraient pas été retenus pour cette finale ; mais de là à voir les Yvan (Lou Pantaï), Pasteur (Fabre-Mailhan), Coyote (Caillan), Mathis (Lautier) s’effondrer le même jour, cela me laisse assez perplexe.

Oh, je sais, certain(e)s me diront que j’exagère. Et probablement en premier lieu celles et ceux qui ont rédigé dès le lendemain les colonnes sur le Midi-Libre portant sur cette finale arlésienne. Mais cela n’a aucune importance à mes yeux. J’assume.

S’il ne s’était pas blessé, Rodin aurait-il été meilleurs que les autres ? Ses inconditionnel(le)s doivent sûrement penser que « oui ». Mais en toute franchise, peut-être ne valait-il mieux pas le savoir…

Quant à Pasteur, j’ai trouvé qu’il est passé à côté de sa course. Au début, il semblait maîtriser son sujet en signant quelques actions d’envergures, notamment sur Benjamin Villard qui lui a laissé toutes ses chances.

Or, assez vite, il s’est réfugié dans sa quérencia, « cul aux planches », devant le grand portail, face au toril. Non pour se défendre, mais pour refuser clairement de combattre. Certains rasets sont partis même de très près, mais rien n’y a fait. Le taureau n’en voulait plus. Il est allé à menos, comme on dit en espagnol.

J’ai trouvé la première partie supérieure (il n’y avait pas de mal). Et en particulier le cocardier de la manade Chauvet, Géricault, qui a assumé parfaitement sa place de premier.

Son prix du meilleur taureau de la finale n’était pas volé. Sélectif et mobile à bon escient, il ne permettait aucune faute, allant chercher l’homme bien au-delà des planches pour peu que celui-ci ait cherché à le « coquiner ».

Mais cette saison 2009 fut aussi celle qui aura vu Sabri Allouani battre l’incroyable record détenu jusqu’alors par Patrick Castro et ses 8 victoires aux Trophée des As.

Sabri en aura remporté 9… oui, 9. C’est monstrueux !

Une régularité de métronome.

Et comme si cela ne lui suffisait pas, il se paiera le luxe de s’octroyer également sa cinquième Palme d’Or et sa cinquième Cocarde d’Or… Bref, un triplé exceptionnel, concluant dans le même temps, in fine, un palmarès hors norme.

Et cela va bien au-delà d’une simple main basse sur les années 2000. Ça révèle surtout que ce garçon, à 31 ans, n’a pratiquement connu aucun véritable concurrent digne de lui.

Son premier titre en 2000, il le remporte à l’arraché face à Mouloud Bensalah (2 Trophée des As, 2 Palme d’Or, 2 Cocarde d’Or) dans les arènes de Nîmes lors de sa toute première saison chez les As et juste après avoir décroché le Trophée de l’Avenir l’année d’avant.

Du jamais vu !

Puis des « Poulidor » actuel de grande classe - pour moi cela n’a rien de péjoratif, au contraire - tels Hadrien Poujol (Cocarde d’Or 2003-2004), Romain Mascarin (Palme d’Or 1999-2002),  Benjamin Villard (Trophée de l’Avenir 2004, Palme d’Or 2008), Alexandre Gleize (Trophée de l’Avenir 2001, Palme d’Or 2006) et même Michaël Matray (Trophée de l’avenir 2000, Cocarde d’Or 2008) pour ne citer qu’eux.

La seule saison où, me semble-t-il, il aura souffert d’une blessure musculaire récurrente sera finalement celle qu’il concéda à Loïc Auzolle en 2007 - celui-ci fut également vainqueur du Trophée de l’Avenir en 2005 - Et encore, rien n’était joué jusqu’à la finale.

A l’instar de ses glorieux prédécesseurs, Sabri Allouani a marqué son époque au fer rouge en bousculant quelque peu les usages et les dogmes du Trophée Taurin et de la bouvine en général.

Car si on remonte le temps, Julien Rey ne fut-il pas le premier raseteur vedette ayant su affronter à sa juste mesure le taureau de légende que fut Lou Sanglier de Combet-Granon ?

André Soler ne fut-il pas, entre autre, le premier raseteur dont le nom sur les affiches était inscrit parfois plus gros que les cocardiers auxquels il allait se confronter ?

Patrick Castro, justement, ne fut-il pas le seul raseteur à ce jour à avoir été mis hors compétition après sa huitième cape au Trophée des As à l’issue de la saison 1980 ?

Christian Chomel ne fut-il pas le premier raseteur à s’entourer d’un impresario – Paul Coulomb – ainsi que le premier à arborer de la publicité sur sa tenue qui, dès lors, n’était plus tout a fait immaculée ? Et je ne compte pas toutes les innovations et toutes les audaces à forte résonance médiatique fomentées par certains organisateurs autour de son nom, synonyme de classe absolue. Et le tout, sous le règne de Jean Bousquet.

Chez les hommes en blanc, le statut de « STAR » succédant ainsi à celui de « vedette ». Sabri Allouani restera celui qui est devenu organisateur de course, en particulier pour les arènes de Nîmes, deux ans avant son retrait volontaire de la compétition.

Eh oui, il arrête la compétition. C’est décidé. Encore un ou deux ans pour faire plaisir aux clubs taurins languedociens qui lui ont été fidèles durant toute sa brillante carrière, et puis c’en sera définitivement terminé.

Mais dès l’année prochaine, les pronostics vont aller bon train pour parier sur le prochain leader du Trophée des As.

Une nouvelle ère s’ouvre…

Qui de Benjamin Villard, Alexandre Gleize, Loïc Auzolle, Bastien Four, Hadrien Poujol, etc... ou les plus jeunes comme Anthony Ayme, Mathieu Schuller et bien d’autres, sera le numéro un de la prochaine décennie ?

Ou peut-être ne le connaît-on pas encore, finalement.

Allez savoir…

A bientôt.

Commentaires (1)

1. rayan 17/10/2009

sabri mon idol

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