Billet d'humeur... Le Grau du Roi... Abnégation

 Abnégation

Olivier Pince

Au Trophée des As, dimanche 14 septembre 2008, c’était la dernière ligne droite pour les meilleurs cocardiers de cette saison avant l’attribution du Bioù d’Or, titre suprême et adulé. Celui dont rêve tout manadier.

Ces taureaux vedettes s’étaient partagé les places d’honneur dans les arènes de Châteaurenard, pour la finale du trophée des Maraîchers, et dans les arènes du Grau-du-Roi à l’occasion de la finale du trophée de la Mer.

L’affiche de la première était sublime, celle de la seconde, très belle… Pourtant ce fut cette dernière qui restera mémorable ! Un triomphe à ce niveau, on s’en souvient. Ça c’est certain… Et c’est exactement ce que j’ai eu la chance de vivre ce jour-là.

Cette course fut composée de Petit Lou (Chaballier), Sauron (Mailhan), Pazac (Daumas), Yvan (Lou Pantaï), Mathis (Lautier), Renoir (Cuillé) et Gallicianais (Briaux) – HP – devant les raseteurs Adil Bénafitou, Nicolas Oleskevitch, Julien Ouffe, Sabri Allouani, Lhacène Outarka, Victor Jourdan et…DAMIEN MOUTET !!!

Durant la première partie de la saison, j’ai suivi pas mal de courses au As. Elles ne m’ont pas laissé un grand souvenir ; à part la royale de Lautier, dans cette même piste graulenne. Mais aussi Yvan, déjà, auteur d’une remarquable prestation à Beaucaire pour le « Muguet d’Or » qu’il remporte logiquement.

Ce taureau fut l’auteur d’une très belle saison. Mais parfois son manque de rigueur de placement a, hélas, déçu les afeciouna, comme à Lunel lors de sa précédente sortie.

Ici, ce ne fut pas le cas. Il s’est toujours tenu dans le terrain des barricades, ce qui donna à son sens de l’anticipation une ampleur considérable, même lorsqu’il était tête à la planche au départ. Chaque raset demanda aux hommes en blanc de sortir la surmultipliée. Chaque raset fut, en soi, une épreuve terrible à surmonter. Chaque raset eut retenu le souffle de l’immense foule venu assister à cette course dantesque.

Inutile de vous dire que beaucoup de personnes du public ont dû battre leur record d’apnée… Et encore, je n’évoque pas les plusieurs dizaines de tentatives infructueuses des hommes en blanc pour essayer d’atteindre la tête de ce diable de biòu. Tentatives aussitôt avortées par ce dernier. Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que ce n’est pas la peine de chercher à le raseter à la reprise. Il les a toute refusées. Son attitude demanda aux hommes un engagement pur, total, à l’arrêt…   

Enorme ! Quelle domination !

Il conserva fièrement ses deux ficelles à sa rentrée. Il reçu l’ovation des trois milles six cents spectateurs chanceux.

Il vient alors de réaliser haut la main le meilleur quart d’heure de sa jeune carrière. Voilà un taureau au comportement classique, vrai, authentique… comme je les adore…

Alors que Mathis avait superbement entamé sa course, il se blesse prématurément au niveau de l’épaule - probablement une déchirure musculaire - après avoir mit sur la touche le numéro un des années 2000, Sabri Allouani.

Participeront-ils à la grand-messe que représente la finale du trophée des As ? Le mystère reste encore entier.

Nous l’espérons tous…

Puis vint en piste Renoir … et c’est là que l’après-midi bascule dans une effervescence collective comme j’ai rarement vécu. Ce fut une avalanche de bois cassé. Renoir pourrait aussi prétendre à remporter un César du meilleur acteur cocardier. Pourquoi ? Parce que très tôt dans sa course il s’est mis à tirer la langue, ce qui laissait présager une faible sortie, comme à Vauvert le 17 août dernier. Que nenni !

Quel bluffeur ! Comme un métronome, il a su au contraire gérer son temps de course afin de reprendre suffisamment de force pour recommencer à faire corps avec les hommes à la sortie du raset et finir par s’écraser aux barrières avec une rage dévastatrice. Et cela, jusqu’à l’épuisement… Si son temps de course était plus long, il serait sans doute mort en piste...

Phénoménal !

Ce qui était d’autant plus intéressant, c’était de pouvoir apprécier deux biòu dotés d’un sens du combat très différent (le cocardier : Yvan et le barricadier : Renoir) atteindre leur paroxysme.

Pour terminer Gallicianais conclu la course par quelques actions d’éclats. Sur l’une d’entre elles, il accroche Victor Jourdan à la cuisse durant son saut en lui infligeant dix centimètre dans le haut de la cuisse.

Je tiens également à signaler l’excellente tenue des cocardiers qui ont constitué la première partie qui ont su allier générosité et maîtrise. Bravo !

L’amour ne se faisant pas seul, comment ne pas saluer et je dirai même « rendre hommage » au sept raseteurs sans qui la course camarguaise serait une simple représentation. Ils méritèrent ce jour-là tous les éloges.

Et parmi eux, je soulignerai la prestation cosmique du déroutant Damien Moutet.

Il est là révélation du trophée des As cette année. Après s’être fait remarquer en protection en 2004 et réalisant une non moins remarquable saison à l’avenir la saison suivante, il accède aux As en 2006 où pendant deux ans - il faut bien ça… - il prendra le temps de trouver ses marques avant d’exploser en cette année 2008. Il se classe second de la Cocarde d’Or, puis très vite il se taille une réputation de guerrier des « ruedos » encaissant les coups. Ces derniers semblant agir sur lui comme de minables piqûres de moustique.

Pendant cette finale du Trophée de la Mer, il s’est livré corps et âmes sans se poser de question, comme si jouer avec sa vie était la chose la plus naturelle au monde.

Sur un raset osé sur Yvan, car mal fixé au départ, il se fait déchirer le pantalon et reçoit une pointe de cinq centimètres dans l’avant-bras… une piqûre de moustique vous dis-je… Il repart aussitôt comme si ne rien n’était, soulevant l’admiration de toutes et tous, et en allant ainsi conquérir définitivement le cœur du public languedocien… Lui, le provençal !… Si ça ce n’est pas folklorique…

Puis sort l’avant-dernier taureau de la course, un certain Renoir, le pendant animal de Moutet. Et inversement… Car j’ai eu l’impression que Renoir était le « Moutet noir » et Moutet, le « Renoir blanc ». Ils ont été les mêmes… Même débauche d’énergie, même indifférence à la douleur, au choc, même… abnégation !

"Renoir" de la manade Cuillé et Damien Moutet...

D’après le dictionnaire, le terme ABNEGATION se définie comme le sacrifice de soi au bénéficie d’autrui. « Autrui » représentant ici l’amour porté à cette culture camarguaise et à tous ces gens qui la rende attrayante et la font perdurer.

Et cette première ficelle jaune qui, par la voix éraillée du président de course Jacques Valentin, eut la valeur d’un « Graal »… plus de 1000 euros !!! Ficelle que le nouvel enfant chérie du Grau finit par lever sous l’ovation vibrante d’un public au bord de l’overdose !!!

Je me suis posé la question si, à un moment donné, il était encore conscient de son état, s’il savait ce qu’il faisait ou s’il ne s’appartenait plus, si son inspiration taurine était guidée par une force invisible. C’était vraiment incroyable ! Quand je repense au nombre incalculable de planches qui se sont brisées derrière lui… C’était un miracle qu’il puisse encore marcher pour aller chercher son prix… C’était interminable… C’était beau…

A la sortie des arènes, j’étais encore sonné, abasourdi par ce que je venais de voir.

C’est en assistant à des moments comme celui-ci que l’on sait pourquoi on va aux arènes. Partir en quête d’émotions rares et uniques… Et laisser l’imprévisibilité devenir communion…  

Comment peut-on imaginer que, surtout envers la corrida, des gens mal intentionnés n’ont qu’une seule idée en tête… chercher à éradiquer de tels spectacles !!!

Enfin, mal intentionnés je ne sais pas… Ignorant, c’est sûr !!!

Dans quinze jours, les membres de la commission du trophée taurin vont rendre leur verdict concernant l’attribution du Biòu d’Or qui pourrait, à mon grand regret, couronner pour la troisième fois Camarina. Il entrerait ainsi dans le cercle très fermé des triples vainqueurs avec Loustic de Laurent (1965, 1966, 1967) et bien sûr Barraïe de Lafont (1988, 1989 et 1992).

Alors que Sabri Allouani s’achemine tranquillement mais sûrement vers son huitième titre au trophée des As… Oui… Oui, j’ai bien dit HUIT !!! Egalisant ainsi le record de Patrick Castro… Record que l’on pouvait aisément croire inaccessible.

Des pages vont se tourner, tandis que d’autres restent à écrire… avec leur cortège d’exploit, d’espoir, de morosité… Comme la vie !!!

A bientôt.

Commentaires (1)

1. berseker 06/11/2008

cette course enorme cette course pour la finale du trophée de la mer est celle du moi de juin toujour au grau pour le souvenir olivier arnaud sont les 2 meilleur course que j'ai vu cette saison

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