Billet d'humeur... La piste aux étoiles...

 La piste aux étoiles

 

Par Olivier Pince

Cette cinquante-sept finale du Trophée des As a connu une belle affluence – douze milles personnes environ – malgré le prix exorbitant des places (17 euros pour une entrée générale aux amphithéâtres !!!) pour ne pas dire scandaleux vu le contexte social et économique actuel.

La course camarguaise va-t-elle devenir un spectacle pour nanti ?

Quel profond mépris envers ce peuple de bouvine qui vient garnir les gradins des arènes du Languedoc et de Provence tout au long de l’année.

Cette finale, cette grand-messe, est aussi en grande partie la leur… C’est pitoyable de la part des organisateurs…

Pour en revenir à la course en elle-même, elle est censée marquer l’apothéose de la saison taurine, offrir sur un plateau d’argent… le meilleur.

Je dis cela de cette façon car bien souvent, les aficiouna en ressortent déçu. C’est très rare ce jour-là de voir une belle course.

Pourtant, je pense que cette finale 2008 peut être considérée comme un bon cru…

Je partagerai une explication donnée par un chroniqueur de l’hebdomadaire « Le Cocardier » disant que le faste tellement somptueux, valorisant, gratifiant pour les ténors actuels de notre course camarguaise a sûrement dû faire l’effet d’un psychotrope envers ceux-ci afin d’offrir aux douze milles spectateurs présents un spectacle de qualité.

Les danses des cent vingt arlésiennes, chevaux blanc et gardians, le tout colorées aux couleurs de la ville de Nîmes commencèrent à embellir de fort belle manière les yeux du nombreux public jusqu’au moment, où chacun des protagonistes de l’après-midi se présenta un à un, sans exception, sous des applaudissements nourris, chaleureux et sincères. Initiative inspirée durant l’année par les organisateurs des arènes du Grau du Roi. Bravo au chef d’orchestre, Patrice Blanc.

Le Faste pour un "Sacre"...

Quel bel hommage de la bouvine à ses héros.

Place enfin aux cocardiers :

Candello (Guillerme). Depuis plus de deux ans, il survole les saisons en ne sortant avec succès que pour les grandes occasions (Cocarde d’or, finale des As et… c’est tout !!!) s’adjugeant d’office la place peu convoitable et pourtant si essentielle de « premier ».

Mais en cette finale 2008, le taureau a pour ainsi dire… marqué le pas. Vite débordé, ses déplacements salvateurs et raisonnés dont il savait auparavant si bien user à bon escient, furent pour lui en ce jour le meilleur moyen de fuir un combat face auquel il n’aura finalement jamais voulu se livrer avec les raseteurs. Il fut éteint, insipide.

Il serait peut-être temps de lui faire effectuer une vrai saison avec plusieurs sorties – et non UNE !!! – pour vérifier s’il mérite la place qu’on lui lègue un peu trop facilement chaque année.

Mais que faisait Vidourlen (Mermoux) dans un tel cartel ? Je me le demande encore…

Faisant mine de venir pointer ses cornes à la barrière derrière l’homme en début de course, il se perdra vite au cœur du vaste plan nîmois ne sachant plus ou se placer pour canaliser la vigueur des raseteurs. Course brouillonne, sans relief…

Au fait… Où était Montvert ? Où était Tommy ? N’avait-on pas avec ses deux rugueux cocardiers les deux premières places toutes trouvées ? N’ont-ils pas su prouver pendant la saison qu’ils méritaient de faire parti de ce prestigieux plateau ? J’aimerai tant que quelqu’un m’explique un jour…  

Puis sort celui qui fut sans contestation LE taureau de la saison (ça reste bien évidemment une opinion très personnelle…). Celui dont la combativité fut synonyme de maîtrise totale et absolue dès qu’il commença à fouler majestueusement le sable des pistes d’Arles, Vauvert, les Saintes Maries de la Mer, Beaucaire, Châteaurenard ou Pérols. Celui dont la combativité fut synonyme de crainte, d’appréhension, de réflexion permanente… dans les pensées réalistes, techniques et pragmatiques des meilleurs raseteurs de la saison.

Je pense que vous l’avez reconnu… Il s’agit d’Andalou d’Espelly-Blanc, bien sûr.

"Andalou" d'Espelly-Blanc et Benjamin Villard...

Et pensez-vous que le fait de se retrouver au cœur de l’immense amphithéâtre nîmois l’a un temps soit peu déstabilisé ? Sûrement pas.

Partout où il sort, il est dans son jardin. Les pistes de Beaucaire et de Nîmes sont pourtant réputées pour désavantager les cocardiers les plus coriaces. Rien ne l’a impressionné. C’est lui qui a suscité le doute…

Il a su imposer son rythme durant tout son quart d’heure en ne répondant que sur les rasets véritablement engagés et usant de son anticipation, de sa vitesse et de sa classe exceptionnelle. Il ne s’est jamais laissé enfermer. Bref, une course homogène, solide, brillante. Enorme !!! Seul les meilleurs raseteurs de la saison ont su réellement le passer… Villard, Allouani…

Et vous savez quoi ? Ce taureau n’a pas reçu la moindre voix lors du vote pour l’attribution du Bioù d’Or… Chercher l’erreur…

Et voilà qu’entre en piste le troisième triple Bioù d’Or de l’histoire de la course camarguaise… Camarina de Chauvet. Je ne reviendrai pas sur le fait qu’il se hisse ainsi à un rang qui n’est pas le sien… Mais bon, est-ce bien utile de s’éterniser sur un vote qui nous a laissé croire qu’il ne pouvait y avoir cette année seulement deux prétendant au titre suprême ? Je ne le pense pas…

Intéressons-nous plutôt à ce que nous a donné à voir, le taureau du Mas de Cadenet. Et le moins que l’on puisse dire est que cela a valu son pesant de cacahuètes…

Camarina a prouvé qu’à son âge (14 ans ½), il est devenu un cocardier accompli. Il semble être venu à Nîmes comme pour prouver que sa suprématie (pour certains en tout cas) n’était en rien le fruit du hasard.

De plus, à l’instar d’un Tristan (Saumade), Camarina n’est jamais passé à côté de ses sorties en terre nîmoise. En ce jour de finale, de consécration, il a su ravir tous ses nombreux supporters mais également, et c’est bien là l’essentiel, l’ensemble de ce public d’aficiouna, tant sa prestation fut grande.

Pendant son quart d’heure, il s’est défendu en adoptant un registre très proche de celui d’Andalou, mais en accentuant davantage un placement quasi maniaque (devant la présidence, surtout, et devant le toril) et une finition spectaculaire au-delà des planches.

C’est dans ce contexte, où la difficulté de raseter est poussée à son paroxysme, que se révèlent les hommes d’une classe supérieure. Une classe qui transforme un adversaire en partenaire, un affrontement en ballet… Hadrien Poujol est de cette race là… Pourtant depuis deux ans, ce garçon n’est pas épargné par les blessures… mais petit à petit, à dose homéopathique, il revient en recouvrant son meilleur niveau.

"Camarina" de Chauvet et Hadrien Poujol

Comme à Vauvert le 17 août dernier, il va raseter Camarina dans son terrain le plus délicat en démarrant son élan à quelques petits mètres, à peine, du taureau… Sans tourneur, ni l’aide de personne… De face… Le raset atteignant ainsi le  firmament de sa pureté.

Au bout de trois pas de course Hadrien et Camarina ne font plus qu’un jusqu’à la barrière. Barrière contre laquelle le taureau de la manade Chauvet ne veut pas lâcher l’homme tentant d’aller le chercher derrière dans un grand fracas de bois. Ils recommenceront une fois, deux fois, trois fois…

Puis, sur une longueur le taureau saute après Poujol qui n’a pu s’accrocher, en se faisant, par chance, très peu bousculer, malgré la grosse grimace qu’il affiche par la suite.

Il refera une dernière fois ce raset qui n’appartient qu’à lui sous une immense ovation. Exceptionnel !!!

Rodin (les Baumelles) bénéficie d’une pression plus légère de la part des raseteurs. Son quart d’heure fut très plaisant sans toutefois représenter beaucoup de difficultés pour les hommes qui finiront par lui lever l’intégralité de ses attributs.

Mais avant d’en arriver là, Sabri Allouani lui aura offert la possibilité d’inscrire son nom dans les mémoires consciencieuses des gens de bouvine en dessinant ensemble, sur toute la longueur de la piste, l’un des plus beaux raset de l’histoire de la course camarguaise.

"Rodin" des Beaumelles et Sabri Allouani...

Yvan (Lou Pantaï) qui remplaçait Mathis (Lautier) blessé, ne réitèrera pas sa titanesque prestation du Grau, il y a tout juste un mois auparavant ; mais il est parvenu à faire étalage de ses grandes qualités cocardières, notamment sa forte anticipation, au fur et à mesure qu’il apprivoisa cette si grande piste. Belle course !

Et pour terminer, Renoir (Cuillé), ex-concurrent direct pour le titre de Bioù d’Or avec Camarina, a voulu se livrer sur tous les rasets en frappant les planches comme un fada

Mais à trop tirer sur corde, elle finit par se casser… ou plutôt se claquer, comme ce fut le cas pour lui. Il du réintégrer le toril prématurément. Dommage…

A l’issu de la course, une remise de prix clinquante est venu une nouvelle fois consacrer l’homme au plus beau palmarès de toute l’histoire… Sabri Allouani… 8 Trophée des As, 4 Cocarde d’Or, 4 Palme d’Or, 4 Trophée Pescalune, 2 Trophée des Maraîchers, 6 Trophée de la Mer… Voilà pour ce petit aperçu !

Avec ce 8ème Trophée, il égale l’exceptionnel record détenu jusqu’alors par le grand Patrick Castro. Ce dernier termina sa carrière, il y a tout-justes vingt ans.

Qui aurait parié vingt ans après qu’un raseteur irait le rejoindre au cœur de ce Panthéon camarguais ? Et il y a encore la place d’en gagner d’autres.

Gagner encore, gagner toujours… Voilà ce qui fait sens pour Sabri Allouani quand il se trouve en piste. Un véritable sacerdoce.

Pourquoi s’y sent-il toujours autant obligé ? Pourquoi cette rage de vaincre ? 

Personne ne lui arrive à la cheville. Pas besoin de chercher longtemps… Il est hors norme… Hors du temps…

L’art et la manière vont bien un temps, mais c’est loin d’être par ce seul créneau que se forge un Palmarès… Puis de ce palmarès … Une légende.

Il est une légende.

Sabri Allouani... Une "Légende"...

Une légende qui n’a pas encore tourner sa dernière page, ni finit de marquer l’histoire…

Son histoire…

Notre histoire.

A bientôt.

Commentaires (2)

1. PASCALE 26/10/2008

Bravo Olivier, absente ce jour là ( car de bringue....) ce doit être une des rares finales que je manque, mais ton super compte rendu me la font vivre parmi tes belles lignes, vivantes et explicites. Comme le dit Claude tu aurais été surement vainqueur de 'Chroniqueur de demain', mais tu es notre chroniqueur d'aujourd'hui, félicitations pour tes comptes rendus.

2. Dumas Claude 22/10/2008

Louli... Je me régale de lire ces billets d’humeur...
Ils sont remplis de compréhension; d'aficion, de rigueur dans le souci du détail.
C'est un réel plaisir de te lire.
Dommage que "Chroniqueur de Demain" n'existait pas quand tu étais plus jeune !!!

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