Billet d'humeur... La foi et l'espérance...

 La foi et l’espérance…

 Par Olivier Pince

Voilà deux mots qui cristallisent à eux seul la condition de milliards d’êtres humains sur notre vieille Terre. Ils leurs donnent tous les jours une raison de vivre, d’aller de l’avant…

Voilà deux mots à forte consonance religieuse qui, dans notre petit monde de la bouvine, nous guident plusieurs fois par mois – voire par semaine – vers le chemin des arènes.

Le petit Larousse de cette année définie « Espérance » comme un sentiment qui porte à considérer ce que l’on désire comme réalisable. Comme donner sa confiance en l’avenir.

C’est pour cela que j’ai du mal à imaginer qu’en dépit des multiples attaques dont font l’objet les « gardiens du temple » camarguais, à grand renfort de réglementations toujours plus draconiennes, elles puissent un jour disparaître.

C’est là. C’est en nous… ancré… enraciné… chevillé à l’âme…

Intouchable !!!

Au cours de son histoire, le peuple de bouvine leurs a prouvé son attachement viscéral quand les ténèbres ont grondé à leurs portes, faisant souffler un vent de passion si puissant qu’aujourd’hui l’astre taurin brille toujours de milles feux.     

Car il faut bien savoir que cela ne date pas d’hier… Vers le milieu du 19ème siècle, les courses de taureaux furent au centre d’importants enjeux, essentiellement politiques. Plusieurs arrêtés préfectoraux, ouvertement explicites, témoignent du niveau de tension qui prévalait à l’encontre du milieu taurin méridional…

«… Si les taureaux sauvages étaient dirigés vers un lieu où une course serait préparée, ou bien encore s’ils étaient trouvés dans ce lieu avant, pendant ou après la course, il est adjoint à tous les agents de la force publique de les abattre sans attendre aucune réquisition. »

Extrait de l’Arrêté Préfectoral du 17 mai 1851, concernant le département du Gard.

Des exemples comme celui-ci étaient légions en ces temps troublés (A lire, l’excellent livre d’Alain Laborieux intitulé « Des siècles de bouvine » édité chez « Espace Sud »).

Nos traditions camarguaises, comme les religions d’ailleurs, sont un fait culturel avéré, dont le ferment leurs confèrent une véritable richesse identitaire et une dimension historique incontestable.

Malgré cette ferveur ambiante, on se surprend encore à attendre de meilleurs lendemains, comme si on sentait planer des menaces d’une autre nature ; notamment une : la course camarguaise elle-même !!! Ses usages actuels… sa hiérarchie… ses dirigeants.   

Quand j’entends certains nostalgiques me narrer ces combats héroïques entre les anciens « noirs et blancs », j’ai eu longtemps le sentiment d’être né trop tard, pensant que je serai l’un de ces témoins qui allait assister au crépuscule de la course camarguaise.

Et puis, c’est en grandissant et en prenant plus de maturité que j’ai appris à prendre du recul sur tout ça, pour me dire que chaque époque, chaque génération a connu ses héros.  

Ces vieux « aficiouna » aigris, adeptes inconditionnels du « c’était mieux avant », prennent la bouvine comme bouc émissaire afin de lutter face à cette fatalité contre laquelle ils ne peuvent rien et contre laquelle chacun ou chacune, sera voué à devoir un jour affronter.

Perdre notre jeunesse, notre innocence ; quand on donnait à chaque évènement, quel qu’il soit, une ampleur folle, extravagante, sidérante.

Quand on avait 20 ans, c’était bien, tout était bien !!! Forcément !

Maintenant tout va mal, en exagérant… parce que depuis on a pris d’autres responsabilités, des responsabilités d’adulte, en phase avec la réalité de la vie qui, tous les jours, est loin d’être aussi rose.

On laisse alors derrière soi un passé insouciant qui nous rendait heureux de vivre chaque instant…

Je fais exprès de pousser le bouchon un peu loin car dans le fond, je pense qu’il y a de ça qui se joue. En partie…

Evidemment, je ne suis pas en train de dire qu’aujourd’hui il ne faudrait rien changer, car comme le disait Jean-Jacques Rousseau « Un jour tout sera bien, voilà notre espérance. Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion ».

Mais tout est-il si catastrophique dans la course camarguaise ? Y a-t-il plus rien à en attendre de « bon » ? Je ne le crois pas.

A l’heure actuelle, elle est en proie à divers courants de pensées qui luttent par presse interposée pour affirmer sa suprématie idéologique au chevet des lecteurs « aficiouna ».

Autant d’éternels débats qui ont commencé à prendre leur essor vers le milieu des années soixante-dix. Epoque charnière qui a vu évolué, de manière générale, les buts et les finalités du raset…

Pardonnez-moi ces néologismes grossiers, mais d’un côté il y a le raset que j’appellerai « Castro-iste » et de l’autre, le raset « Siméon-iste »… Deux raseteurs d’exceptions, deux conceptions radicalement opposées du raset et de la course camarguaise en général (encore libre à ce moment-là) ; mais deux passions démesurés pour les taureaux. C’est bien ça l’essentiel !

C’est le 27 novembre 1975, à Le Crès, que la course camarguaise reçoit l’agrément du ministère de la jeunesse et des sports par le ministre de l’époque, Pierre Mazeaud.

Attendu pour certains, regretté pour d’autre, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, elle est une réalité. Et nous ne pouvons agir autrement qu’en faisant avec cette institution.

Institution qui, au début des années 90, a mis en place sa mesure phare… La limitation des raseteurs en piste.

Nous pouvons aussi observer que c’est à peu près à la même période que l’on a décerné pour la dernière fois, le titre du Bioù d’Or, c’est-à-dire au meilleur taureau de la saison taurine, à des cocardiers à la combativité dite classique. Je pense particulièrement au second et dernier attribué au taureau Président de la manade Saumade, en 1994.

Par la suite, si on y regarde de plus près, chaque lauréat fut récompensé grâce notamment – voire surtout – à leur tempérament brillant et spectaculaire.

Fini le temps où les taureaux purement cocardier étaient reconnus à leur juste valeur, tel Pascalet de Rébuffat (1980) ou bien encore Segren de Guillerme (1983) Taureaux qui, la même année, remportèrent le Bioù d’Or mais aussi le prix du meilleur taureau de la… Cocarde d’Or !!!

La Cocarde d’Or… voilà une compétition qui demande aux cocardiers participant bien d’autres qualités qu’une vitalité béate à toute épreuve, au risque de se faire « massacrer » logiquement par les raseteurs. Ces derniers cherchant à tout prix à inscrire leur nom au plus prestigieux des trophées les concernant… Faut-il le rappeler !

Aujourd’hui, les manadiers n’osent plus mettre leur vedette dans ce genre de compétition. C’est bien dommage…

Prenons un exemple…

Lors de la finale du Trophée des As de 2005, devant plus de 15 hommes en piste, sans compter les tourneurs, Michou de la manade des Beaumelles réalise un quart d’heure exceptionnel. Cette année-là, il était au meilleur de sa forme ; imperturbable, alliant maîtrise totale de la piste et du combat avec les raseteurs, sans rechigner à aller les chercher bien au-delà de la barrière… Enorme !!!

Ce n’est que trois ans plus tard, qu’il sera à l’affiche de la Cocarde d’Or. Le taureau est en fin de carrière. Ses réactions n’étaient plus aussi vives et sa rigueur de placement plus aléatoire… Bref, il est passé à travers !!!

Des cocardiers tels Oural de Janin (1998) et Romain de Saumade (2000) sont passés bien malgré eux, hélas, à côté du titre suprême qui était largement à portée de leurs cornes…

C’est pour cela aussi qu’un taureau comme Andalou de la manade Espelly-Blanc, risque à mon grand regret, de ne pas être reconnu à sa juste valeur… Et je pense que c’est un tort !

Avec tout le respect que j’ai pour la manade Chauvet, Camarina ne mérite pas un troisième titre. Dans ma conscience la plus profonde, je me refuse de le voir être l’égal d’un Barraïe

Avec moins de raseteurs en piste, la nécessité de sélectionner des taureaux plus vaillants, plus « coopératifs » et tendant vers le spectaculaire, est entrée dans les mœurs des gens de bouvine comme le mot d’ordre principal pour juger positivement la valeur d’un cocardier.

Coopératif, afin que le raseteur puisse dessiner avec lui sur le sable des arènes de beaux rasets, raffinées, esthétiques, artistiques ; insufflés par le style « Siméon-iste » et faisant l’unanimité de quasiment l’ensemble du public venant aux arènes.

Ce dernier ne supportant plus les compétiteurs…

Tout va-t-il si mal ? 

Les années 2000 auront pourtant vu éclore l’un des plus grands raseteurs de son histoire, Sabri Allouani. Un palmarès unique… 7 Trophées des As, remportés sans interruption entre 2000 et 2006… du jamais vu !!! 4 Cocarde d’Or, 3 Palme d’Or. Voilà pour ce qui est de l’essentiel, et ce n’est sans doute pas fini…

En cette année 2008, il est en route pour décrocher un huitième titre au Trophée des As. Et il n’a que 29 ans !!!

Il égaliserait le record exceptionnel de Patrick Castro. Sachant que dernier a remporté son huitième et dernier titre à l’âge de 32 ans, autant dire que Sabri Allouani a encore largement le temps de devenir le « Mickaël Phelps » de la course camarguaise… A moins que, comme Castro, il finisse par courir « hors classement »… Allez savoir…

Comme Castro aussi, on peut remarquer que les gens ont de plus en plus de mal à le voir inlassablement… gagner !!!

Et je ne parle pas de celles et ceux qui ne supportent pas de reconnaître son immense talent pour d’odieuses raisons raciales. Il y en a encore tant !!!

C’est à la fin de sa carrière qu’ils se rendront compte qu’ils ont perdu un « grand ». 

Au jour d’aujourd’hui, par exemple, un taureau comme Coyote de la manade Caillan est en train de se tailler une sacrée réputation. Alors qu’il court encore au Trophée de l’Avenir, son sens du combat et son anticipation fulgurante, font qu’il est déjà craint par les As du crochet. Il est l’un des plus sérieux espoirs de la course camarguaise.

Autre exemple, parmi quelques autres, du côté des hommes en blanc… J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de voir évoluer en course de Ligue (ancienne course de protection) un jeune raseteur nommé Hicham Oufdil. Je ne sais prédire de quoi demain sera fait, mais en l’état actuel des choses, il ne fait aucun doute que ce garçon est un surdoué. Il sait tout faire. Son sens du raset est inné. De plus, sa technique, son aisance, son style, sa vista, font de lui LE raseteur de demain… peut-être… Si rien ne vient encombrer sa progression constante… Si… Si…

Car, contrairement à sa dérive utopique, « L’espérance est le songe d’un homme éveillé » disait Aristote.

Alors je continue, et continuerais longtemps à espérer.

Mes rêves qui ont la couleur du soir,

Peu à peu recouvrent leur belle mine,

Car par ma foi et mon cœur ils s’illuminent,

D’une étrange lueur qu’on appelle… espoir !!!

Commentaires (2)

1. BARRAIE 16/09/2008

Trés,trés bonne ton analyse .C'est un

vrai plaisir de te lire.

Félicitations

2. tristanette 08/09/2008

Mais bon sang que tu écris bien

Tout est beau tout est vrai

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