Billet d'humeur... L'été meurtrier...

L’été meurtrier

 

Par Olivier Pince

Mais quand cela s’arrêtera-t-il ?

1998… 2008, voilà dix ans que l’école de raseteurs existe et jamais elle n’a eu à subir une telle hécatombe dans ses rangs.

En disant ça, je lie conjointement les anciens élèves, devenus raseteurs, et les aspirants actuels.

Nous avons tous encore en mémoire les coups de corne gravissimes dont Charles Chanat a été victime le 29 juin dans les arènes d’Aigues-Vives. A l’heure où je vous parle, mercredi 20 août, il est toujours hospitalisé à la clinique des Franciscaines à cause d’un imposant abcès au niveau de son foie. Lundi 25 août, il devrait être transféré à l’hôpital Carémeau. Il devra sans doute repasser sur le billard pour tenter de mettre un terme à cette situation qui s’éternise. Voilà pratiquement deux mois qu’il est hospitalisé

Et ce n’est pas fini …

Mais quand cela s’arrêtera-t-il ?

Le 4 juillet à Châteauneuf du Pape, l’élève Jonathan Audemard se fait fracturer le fémur en passant sa jambe entre deux chevrons, au moment du saut. La vache de la manade Thibaud vint alors le percuter à cet instant précis… C’est l’accident !!!

Il faut savoir que c’était sa troisième ou quatrième course après quasiment deux mois de convalescence, me semble-t-il, dû à une grosse entorse de la cheville en se faisant, déjà, coincer les pieds par un taureau jeune.

D’après son médecin, il ne devrait plus faire de sport, un tant soi peu « rugueux », d’ici… deux ans !!!

Mais quand cela s’arrêtera-t-il ?

Le 12 juillet dans les arènes de Jonquière, Damien Canalès qui s’était mal accroché lors d’un saut, reçoit deux « cornadas » de 10 et 15 centimètres dans la fesse droite. Depuis, il a recommencé à raseter…

Mais quand cela s’arrêtera-t-il ?

Le 14 juillet, Marc Bournel se luxe le gros orteil et reçoit sept centimètres de la corne gauche du taureau « Janeiro » de la manade Ricard, à l’issu d’un raset on ne peut plus osé, celui que personne ne voulait faire, celui que le public exigeant de Sommières réclamait… Il recommencera à raseter seulement une dizaine de jours après !!!

Mais quand cela s’arrêtera-t-il ?

Le 14 août, je fus le témoin d’une scène particulièrement éprouvante. Lors d’une course de ligue dans les arènes de Redessan, je revois encore la corne de ce taureau de la manade Lautier s’enfoncer dans le dos de l’infortuné Jean-Henri Oudjit, issu de l’école de Portiragnes, et proche de notre ami Charles Chanat. C’était horrible !!! J’entends encore les cris de sa mère, de son frère et de tant d’autres…

Nous avons assez vite su que sa vie n’était pas en danger après d’interminables minutes…

Bilan… douze centimètres de profondeur, plèvre décollée, poumon touché…

Il est aujourd’hui, sur la voie de la guérison…

Mais quand cela s’arrêtera-t-il ?

Le samedi 16 août, les « Jérôme(s) », Martin et Jarroux, subissent la loi du numéro 111 de la manade Blanc ; l’un se faisant écraser contre les grilles, l’autre fut à deux doigts de se faire écraser la jambe contre la barrière. Tandis qu’au taureau suivant, Rémi Grongnet tape violemment sa rotule contre la barrière…

Miraculeusement, pour ces trois élèves, rien de foulé, vrillé, tordu ou fracturé ne fut à déploré. En attendant, une dizaine de jours de repos leur est vivement conseillé…

Mais quand cela s’arrêtera-t-il ?

Deux jours plus tard, lundi 18 août, dans les arènes des Paluds de Noves, Robin Ode « Canary », n’a pas la même veine. Aux ultimes secondes de la course, Robin termine un raset en cherchant son pied à la barrière, le taureau jeune de la manade de la Galère, lui, n’a pas hésité à venir lui coincer sa jambe avec une puissance rageuse. Bilan… double fracture ouverte du tibia et du péroné !!!

Et une infinie douleur s’exprimant par des hurlements déchirants…

Mais quand cela s’arrêtera-t-il ?

Et encore, je n’évoque pas les autres, et trop nombreux, victimes de la corne,  tels Fabien Grammatico, Jacques Estevan, Fabien Bouchet, Rémy Guyon, Mikaël Santiago, et j’en passe je ne sais combien, qui ont connu et connaissent encore, pour un certains nombre d’entre eux, les séquelles de leurs traumatismes…

En ce qui concerne les élèves de l’école de raseteur, Claude Dumas a décidé consciencieusement d’annuler un certains nombres de courses qui devait se dérouler prochainement  afin de laisser tout le temps nécessaire aux élèves valides de se refaire une santé…

Evidemment, chaque raseteur et élève raseteur est conscient du risque qu’il prend quand il descend en piste affronter les taureaux, et je suis bien placé pour en parler. Mais lorsque cela s’inscrit dans une sorte d’impitoyable régularité, ça devient carrément déprimant.

En tant qu’éducateur, on ne peut s’empêcher de se dire que nous en avons une part de responsabilité indéniable, incontestable. Et cela nous mine affreusement !!!

Notre présence, notre soutien, notre empathie… sont-ils des subterfuges efficaces pour lutter contre notre impuissance à éviter ce genre de situation néfastes pour le moral de chacun ?

Je n’ai pas la réponse. Y en a-t-il une ?

En tout cas, à mon petit niveau, une chose est sûre…

Je pense très fort à vous…

A vous tous…

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