Billet d'humeur... Finale des Masters

 Une ère nouvelle…

par Olivier Pince

Ce n’est pas sans a priori que je me suis rendu dans les arènes de Beaucaire en ce jeudi 23 juillet à la troisième et dernière étape des « Masters » de la Course Camarguaise, organisé par la FFCC et sous l’impulsion de la région Languedoc-Roussillon.

Cela a pu voir le jour grâce à l’apport d’importantes subventions dans le but louable de mettre davantage en valeur la Course Camarguaise, véritable fleuron de notre identité culturelle méridionale et, bien entendu, de la pérenniser.

Le principe de ces « Masters », premier du nom, est tout d’abord de réunir en trois courses les meilleurs taureaux face aux meilleurs raseteurs.

Jusque là il n’y aurait rien de bien nouveau… Sauf que le combat qui les oppose est en train de sortir progressivement de sa forme classique. Certaines règles ont évolué. Et c’est là que ça devient intéressant.

En premier lieu, le quart d’heure du taureau est divisé en trois tiers : durant le premier tiers (0 – 5mn), chaque attribut levé vaut 1 point. Durant le second (5 – 10mn), ils valent 2 points, et dans la dernière partie (10 – 15mn), 4points.

Cela est porteur d’intérêt si les raseteurs ne jouent pas sur le fait de ne pas trop affoler le taureau en début de course pour l’assaillir sur la fin et tenter d’engranger un maximum de points et d’argent… Cela va de soi.

Sur cette course de Beaucaire, je n’ai pas constaté ce genre d’agissement malvenu, et c’est tant mieux.

Et puis, il y a ces fameux points, dit de « bonification ». Ces derniers ont pour vocation de récompenser le(s) raseteur(s) qui a su se faire valoir grâce à l’intensité de son travail, son assiduité, mais également son style et son élégance dans la construction de son raset.

A la fin de chaque taureau, un jury attribue donc un certain nombre de points supplémentaires en fonction de ces critères.

Ce que je craignais ici, c’était un manque d’objectivité de la part des membres de ce jury. Mais sur cette course en tout cas, ces points distribués furent assez bien répartis.

Un petit bémol cependant…

Sur le cocardier Embrun (Nicollin), Hadrien Poujol, dont nous apprécions toutes et tous son immense classe, s’est vu attribuer 4 points de bonification. Bon, je veux bien… Mais la seule difficulté majeure de ce taureau fut son gros coup de tête à l’encontre car sur le raset, sur cette course, il fut relativement abordable, pour ne pas dire brave.      

Sur Coyote (Caillan), Benjamin Villard ne s’est vu accorder que 3 points alors que raseter ce taureau dans son terrain était incomparablement plus risqué et le niveau de technicité autrement plus important (et je ne parle pas de la tension morale). De plus, sous l’ovation, « Benji » lui a ravi le premier gland de cette manière.

Certes, en soi ce n’est pas si grave car il finira par remporter brillement ces premiers « Masters » en coiffant justement Hadrien Poujol au poteau, mais bon… De mon point de vu, un peu plus de rigueur technique ne ferait pas de mal.  

Tiens Coyote, puisque son nom est cité… Ce cocardier a fourni en ce jour un quart d’une grande maîtrise. Il a prouvé que l’on pourra faire toutes les règles possibles et imaginables, c’est d’abord et avant tout le taureau qui se doit d’imposer les siennes.

Et personne ne s’y est trompé car il a remporté aisément le prix du meilleur taureau de course.

Dès son entrée en piste, il se colle littéralement à la porte d’accès à la contre-piste devant la présidence pour n’en bouger que pour aller prendre l’air de l’autre côté du « ruedo » en prenant parfois un raset sans conviction avant de revenir aussitôt dans son terrain de prédilection.

Avec ce taureau, il ne faut pas tergiverser indéfiniment ; il faut partir de face, de très près (4 ou 5 mètres tout au plus) en sortant à l’épaule du tourneur qui se sera bien  placé devant. D’ailleurs pour les tourneurs, ce cocardier est une véritable plaie, car il peut démarrer en trombe à tout moment en longeant les barricades à la vitesse de l’éclair. Gilbert Mata (tourneur de Villard) a failli en faire les frais.

Donc, quand on le cite bien, le taureau vient très vite sur le raset en enferme l’homme jusqu’à la planche en finissant fort. L’ambiance en piste était véritablement électrique. Et il est rentré au toril avec son second gland. Second gland qui valait donc 4 points au dernier tiers de la course. Et quand on voit la prestation de Coyote ce jour-là à Beaucaire, on se dit finalement qu’il est logique que la valeur de cet attribut soit aussi élevée…

Cette finale des « Masters » fut aussi l’occasion de voir évoluer pour la « dernière » le triple Bioù d’Or ,Camarina de la manade Chauvet, 15 ans, et des réflexes de grand cocardier peut-être un peu émoussés mais toujours remarquables.

En parallèle à cette despédida beaucairoise de Camarina, on constate l’émergence de nouveau cocardier de pure trempe tel Coyote, comme je l’ai évoqué précédemment mais aussi Yvan (Le Pantaï) qui remporte le prix du meilleur taureau sur les trois courses.

Nouvelle génération, nouveau type de cocardier, à l’ancienne, avec lesquels j’associerai aussi un certain Andalou (Espelly-Blanc). Des taureaux qui s’exprime de telle façon que leur accessibilité à leur frontal est très difficile pour les hommes, donc très sélective ; et avec un style différent pour chacun d’entre eux.

C’est là qu’on voit qui sont les meilleurs raseteurs. Et c’est là aussi qu’on voit que ces taureaux ont besoin d’hommes en piste pour que leurs prestations prennent encore plus d’ampleur.

Ne pas faire raseter non pas les dix mais les quinze (au moins) meilleurs raseteurs face aux meilleurs taureaux, ça donnerai encore plus de sens à ce genre de course… Allez chiche !

Nouvelle génération également concernant les hommes à la tenue blanche, et mention spéciale à celui qui est déjà depuis bien longtemps le chouchou du public, Benjamin Villard.

Son répertoire de grand raseteur s’étoffe de plus en plus. Il n’est plus seulement ce raseteur au raset raffiné et esthétique. Depuis l’année dernière, il devient aussi un très bon compétiteur en gagnant la Palme d’Or.

Cette année, il se classe second de la Cocarde d’Or et il devance d’un petit point Sabri Allouani, qui compte bien tout rafler sur son passage, avant la finale de la Palme d’Or cette année le lundi 27 juillet prochain. Ça promet…

Sabri Allouani a décliné l’invitation pour cette finale des « Master »… Pourquoi ? On n’en sait trop rien… Peut-être s’en fiche-t-il comme de sa première paire de chaussettes, sachant qu’il est sur la fin et que cette nouvelle compétition ne représente rien à ses yeux, contrairement à cette prestigieuse Palme d’Or qui existe elle, depuis 1926, avant même la Cocarde d’Or. On pourrait comprendre qu’il ne veuille pas prendre le moindre risque avant ce grand rendez-vous beaucairois… A chacun de juger cette attitude.

Sinon au niveau du décorum est de la Capelado haute en couleur (de la région…) alliant finement tradition et modernité, le tout mis sur pieds par le talentueux Patrice Blanc, il n’y aurait rien à redire.

Un petit bémol cependant quant à la remise des prix. A la fin de celle-ci, la Coupo Santo fut tout simplement oubliée ou peut-être, hélas, ignorée.

Cela est fort dommage…

On n’a beau vouloir inscrire de plein pied la Course Camarguaise dans le 21ème siècle, il n’en demeure pas moins que son héritage culturel prend ses racines dans notre région, entre Provence et Languedoc, et que cet hymne en est son symbole… Il serait souhaitable de ne plus reproduire cette omission du plus mauvais effet.

Sur ce…

A bientôt.

Commentaires (1)

1. Bordat Jordan 27/07/2009

Salut Pince !

N'ayant plus de baterie sur mon portable je te laisse se petit mot ici.

Je suis surpris de voir que quand je lit tout tes billets d'humeur je me lit dans mes pensées.

Tout ce que tu as dit pour les Masters j'en suis parti prenant.

Sur un forum nommé " La Souillère " j'ai cité une partie de ton bulletin quand tu parle de Coyote.

Je t'envoi ce message pour te demander la permission et te prévenir.

A bientot, et continu !!

Jordan Bordat

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