Billet d'humeur... A bout de souffle !!!

 « A bout de souffle »

par Olivier PINCE 

Le titre de cet illustre film de Jean-Luc Godard, peut largement résumer l’état de notre course camarguaise. Et le moins qu’on puisse dire est qu’elle a sérieusement besoin de connaître une… « Nouvelle vague ».

Faut-il être réellement surpris, choqué même, par ce qui s’est passé le dimanche 13 mars dernier aux Saintes-Maries-de-la-Mer, à l’heure de ce énième congrès qui ne verra finalement jamais le jour ! N’est-ce pas logique au fond ? Ne pensez-vous pas qu’il fallait qu’on en arrive là un jour ou l’autre ?

Jamais dans l’histoire de la course camarguaise, nous avons assisté à ce genre d’insurrection intestine.

Dans un élan exemplaire de solidarité, les raseteurs sont montés au créneau pour exprimer leur ras-le-bol à l’encontre d’une décision autoritaire du Comité Directeur Fédéral de plus en plus sourd à toute forme de revendication et/ou de dialogue ou/et de débat. Vouloir supprimer le groupe 2 au nom de la sacro-sainte protection du taureau a vraiment été la goutte qui a fait déborder le vase…

La vérité est que la FFCC n’a plus su quoi faire à partir du moment où elle s’est enlisée dans une sur-règlementation draconienne sans queue ni tête, tapant toujours sur les hommes en blanc, responsables de tous les maux de la Terre quand on entend certains discours, devenus, hélas, légion.

Revenons-en à la base de ce qu’il faut bien appeler une crise identitaire sans précédent…

Fallait-il décider un beau jour de limiter le nombre de raseteurs en piste ?

N’est-elle pas là, la vraie question ? N’est-il pas là, le vrai nœud du problème ? La course camarguaise était-elle au bord du gouffre à la fin des années 80, début des années 90, pour que cela s’impose ? N’y avait-il pas de grands taureaux et grands raseteurs à cette époque-là ? Alors, pourquoi ??? Croyait-on la rendre plus belle ? Voilà aujourd’hui le lamentable constat qui saute aux yeux de tous…

Si je vous dis Lou Sanglier, Vovo, Gandar, Cosaque, Goya, Ventadour, Rami, Pascalet, Barraïe, Président, pour ne citer qu’eux, et tant d’autres cocardiers de légende… Comment sont-ils devenus ces taureaux considérables ? Comment ont-ils appris leur « métier », si j’ose dire ? Dans quel contexte ? Comment les manadiers essayaient-ils leurs taureaux jeunes ? Certaines grandes manades, justement, ne sortaient-elles pas plusieurs royales, notamment dans les années 60-70 ?

Excusez, je vous prie ce flot de questions, mais ce sont autant d’invitations à une prise de recul indispensable, en toute objectivité, afin de revenir à certains fondamentaux.

Tenez, pour l’anecdote, prenons l’exemple de Barraïe… Tout le monde sait qu’il n’a jamais couru lors d’une Cocarde d’Or. Et pourtant… Dans une vidéo (merci Jean Roumajon) je le vois se confronter face à 20 ou 25 raseteurs à Vendargues… je vous laisse imaginer la nuée ! Il sort une superbe course et remporte le prix du jour… Nous sommes en 1985 ! Le taureau n’a alors que cinq ans ! On ne peut pas dire qu’il ait été ménagé, non ? Trois ans après, il remporte son premier Biòu d’Or !!!

C’est l’exemple le plus flagrant que j’ai sous la main compte tenu du fait que, mille fois hélas, je n’ai pu connaître cette époque.

Ces taureaux étaient-ils des mutants ? Qu’est-ce qu’un grand taureau sans adversité, si ce n’est un insondable gâchis !!! A l’instar d’un certain Andalou d’Espelly-Blanc, l’année dernière à la Palme d’Or à Beaucaire…

Depuis de trop nombreuses années déjà, les taureaux sont de véritables assistés.

Leur carrière sont gérés sur du vide… Sans hypocrisie aucune,  combien de manadiers se contentent aisément que leurs taureaux ne prennent parfois aucun raset ?... Sûrement beaucoup plus qu’on ne le croit… C’est bien cela que je trouve le plus inquiétant.

Le spectacle en piste a commencé à se dégrader à partir du moment où l’on a voulu que le raseteur devienne autre chose qu’un leveur d’attributs ; c’est-à-dire un esthète.

Et cela faisant fi de son propre regard qu’il porte sur le combat face au taureau dans l’arène, faisant fi de son style propre.

Il n’est donc pas étonnant que beaucoup de tenues blanches condamnent le travail réalisé au sein des écoles de raseteurs, pour des raisons d’ailleurs opposées, qui sont celles du public, de la fédération et de  certains manadiers.

D’un côté, on les incrimine sur le fait qu’on cherche à formater le style de raset des élèves ; ces derniers se retrouvant démunies quand un taureau est sans cesse en mouvement en piste ou lorsqu’il se retrouve ailleurs que dans le terrain des planches

De l’autre, en exagérant beaucoup, je l’admets, on en viendrait presque à ce qu’on vote une loi pour la suppression du raset à la reprise.

Cela dit, depuis vingt ans, l’autre fait majeur qui a conduit à la dégradation régulière de la qualité du spectacle en piste est sans contestation, l’explosion du nombre de courses durant la saison : 900 par an !!! A raison de 10, 12, 15 le dimanche ou les jours fériés. C’est proprement hallucinant ! Comme quoi, il n’y aurait même pas eu besoin de limitation, elle va quasiment d’elle-même…

Alors que faire ? Obliger certains clubs taurins à supprimer des courses ? De quel droit ? Ou alors, toucher au nerf de la guerre : l’argent.

Faut-il encore augmenter l’engagement des raseteurs qui n’a cessé de croître ces dernières années (trop ?) ou réévaluer le prix des cocardiers de manière significative qui lui, en particulier au Trophée de l’Avenir, n’a pas évoluer depuis plus de vingt-cinq ans ?  Et cela, en faveur de bon nombre de manadiers qui ont du mal à joindre les deux bouts… Et veiller à ce que les organisateurs paient ce prix-là sans minoration insidieuse pour je ne sais quelles raisons obscures et, surtout, malhonnêtes.

La régulation irait alors d’elle-même, non ?

Peut-être faudrait-il que les manadiers parviennent à devenir aussi solidaires que l’ont été les raseteurs pendant ces derniers évènements…

Bref, les chantiers ne manquent pas. Il ne s’agit plus aujourd’hui de changer de tête(s), mais de système !!!

Sans quoi la course camarguaise poursuivra son chemin chaotique jusqu’à son crépuscule.

A bientôt.

 

Commentaires (3)

1. Nadine Lahondès 01/11/2014

sur que les hommes ne respectent plus les taureaux je ne comprends pas pourquoi les présidences ne font pas leur boulot (c'est à dire calmer ces messieurs qui foncent comme des malades sur des bious classiques ) ils sont là pour prendre du POGNON (c'est pour cette raison que je ne dépense plus mon argent) je regarde à la télé et c'est bon BIEN DOMMAGE NOS TRADITIONS FOUTENT LE CAMP UNE FOIS DE PLUS SOUCI !!!!!!

2. clairon 30/03/2011

trés interessant ce que tu dis, et je suis d'accord avec ca !

3. Dumas Claude 30/03/2011

Chouette article Bamaïa...
Je pense que l'imiter le nombre de courses devra se faire... se faire oui, mais à qui les limiter ??? Là est le point tendancieux du système !!!
En sachant que les plus embêtés par la limitation des courses seront dans tous les cas les éleveurs de taureaux.
En ce qui concerne la limitation, il n'y a pas plus terrible comme spectacle que de voir des hommes fonctionnarisés, pour un spectacle sans émotion, une action au planche de temps en temps pour réveiller le public, mais surtout pour lui faire croire qu'il a vu une course camarguaise.
Je pense que pour que les taureaux nous donnent le grand frisson, il faut qu’ils soient bousculés par les hommes en blanc, et c’est pour cela que la limitation a ses limites !!!
Dans tous les cas, je pense que le seul personnage de la course camarguaise qui peu emmener la limitation en piste, c’est le taureau ; il est le seul arbitre sur le comportement des hommes en blanc.
En ce qui concerne les hommes en blanc, trop de courses font qu’ils sont tous engagés, et bien souvent des engagements jetés par la fenêtre de la part des clubs taurins.
S'il y avait mois de courses, on ne ferait courir que les taureaux qui ont du potentiel pour ce jeu. On engagerait que les razeteurs qui sont dignes d’avoir un engagement. Pour les autres, on a qu'à augmenter le nombre d’entrants par course, pour que la compétition reste la plus ouverte et raisonnable possible.
Si tous les razeteurs arrivent à rentrer le dimanche dans les courses, il n’y aura plus cette course aux points et on arrêtera de fonctionnarisé les razeteurs ; un razeteur n’est pas là pour que la vie soit un long fleuve tranquille !!!
S'il y a de la concurrence sur le marché des hommes en blanc, ce ne sera que bénéfique.

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