Les Noëls en Provence

Les Noëls en Provence

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Les Noëls en Provence

Jacques Bonamy, dont on connait la « Fe » pour les traditions Provençales et pour la « Lengo Nostro », s’est investi dans de lourdes et longues recherches pour nous offrir, nous sans y avoir passé beaucoup de temps, à la veille des fêtes de la Nativité, quelques contes de Noël Provençaux.

Ces contes, traduits du Provençal par notre ami Jacques, constituent une immense richesse pour toutes celles et ceux qui sont attachés aux souvenirs les plus anciens que constituent ces trésors de Provence qui nous sont, pour la plupart, totalement méconnus !!!

Mais pour être le plus complet possible, en préambule, et avant que vous ne commenciez à déguster ces merveilleux contes, Jacques Bonamy, évoque, avec simplicité mais efficacité, les origines de Noël !!!

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Bien comprendre les Noëls d’aujourd’hui…

 

Depuis nos lointains ancêtres Noël, « Nouvé » ou « Tèms Calendau », en Provençal, (temps des calendes), salue le solstice d'hiver, c'est-à-dire la renaissance du Soleil... c'est la 5ème saison Provençale.

Nous devons remonter très loin en arrière pour comprendre la signification des Noëls d'aujourd'hui.

C'est une tradition vieille d'au moins 10 000 ans. Déjà, à cette époque, se fêtait la « revivance » d'un Soleil nouveau. Il se célébrait ainsi le triomphe de la lumière sur les ténèbres, c'est- à-dire la terminaison du cycle des jours baissant pour le retour aux jours augmentant. Certes, si jusqu'à la fin décembre, le soleil se lève chaque jour un peu plus tard, à partir du 23, il commence à se coucher un peu plus tard.

Puis, les Romains inventèrent leur calendrier. Chaque mois était divisé en trois périodes :

- les « Nones », les « Ides » et les « Calendes »,

ces dernières, débutant le 16 du mois pour se terminer le 1er du mois suivant. Voilà pourquoi, en Provence, la période de Noël est dite « Temps Calendal ».

Noël est donc la fête traditionnelle immémoriale du solstice d'hiver.

La civilisation Romaine substitua à ces pratiques le culte de Mithra, Dieu du Soleil et de la Lumière, symbole des jours qui renaissent « Sol Invicti » (le soleil invaincu).

Ce culte fut, à son tour, repris par le Christianisme afin de célébrer la naissance du Christ dont nul ne sait, à ce jour à quelle époque de l'année il est né.

Ce n'est qu'en 354 que le Pape « Libère », fixa la naissance de Jésus le 25 décembre, instituant du même coup la fête de Noël. Il occultait ainsi les anciennes fêtes païennes, comme la fête de la Saint Jean occultera ces mêmes cultes, au mois de juin, à l'apogée du soleil.

C'est en souvenir de ces antiques traditions que les Noëls Provençaux sont ce qu'ils sont.

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Contes de Noël Provençaux

« Le blé de la Sainte Barbe »    
Le blé de la Sainte Barbe

En Provence, tout commence le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe, avec le « semis » de grains de blé (ou de lentilles).

C'est une tradition forte ancienne, pratiquée par les civilisations Grecques et Romaines, connue sous le nom de « Jardins d'Adonis ». La symbolique en est l'enfouissement et la mort du grain dans la terre, puis sa renaissance sous l'action du soleil nouveau. Tradition toujours pratiquée de nos jours !!!

Le 4 décembre, il est semé dans des soucoupes quelques graines sur un lit de coton humide. Les rayons du soleil vont faire germer ces graines qui, le 24 décembre auront bien poussé et constitueront « lou verdau » (la verdure), dans l'espoir de récoltes abondantes pour l'année qui vient.

Ces pousses seront nouées d'un ruban et les soucoupes disposées sur la table du « gros souper ».

« Lou cacho-fiò »      

      (L'écrase-feu)

Lou cacho-fiò

Voilà encore une pratique forte ancienne. Thomas Platter, un auteur du XVI ° siècle, note dans son « Voyage dans le Midi de la Gaule », la cérémonie du « cachefioc » à Uzès le 24 décembre 1597.

La buche de Noël d'aujourd'hui remémore la tradition de faire brûler un arbre au solstice d'hiver, afin de faire renaître le soleil.

« L'écrase-feu » est un morceau de tronc ou une grosse branche d'un arbre fruitier, mort naturellement dans l'année et qui aurait pu porter promesse de nourriture.

Certains puristes ajouteront : « Sauf le figuier, car c'est un arbre maudit depuis que Juda s'est pendu à l'un d'entres eux ».

Il était allumé avec un morceau d'éclat de bois de l'année précédente. Tous les soirs de la semaine après Noël, il sera réactivé afin de durer jusqu'aux premiers jours de l'an.

Le rituel en est décrit par Frédéric Mistral :

« Tous ensemble, nous allions, joyeux, chercher « lou cacho-fiò ». Nous l'amenions au Mas, tous en rang. Le plus âgé le portant d'un bout, le plus jeune de l'autre, nous lui faisions faire trois fois le tour de la cuisine. Puis, solennellement, mon père jetait dessus un verre de vin cuit en disant :

« Alègre ! Alègre !

Mi bèus enfant, Diéu nous alègre !

Emé Calèndo, tout bèn vèn...

Diéu nous fague la gràci de veire l'an que vèn,

E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens ! »

(Allégresse ! Allégresse !

Mes beaux enfants, Dieu nous fasse Allégresse !

Avec le temps des Calendes, tout bien vient...

Dieu nous fasse la grâce de voir l'année qui vient,

Et si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins !)

On posait l'arbre dans la cheminée, sur les chenets, et aussitôt partait la flambée.

« Cacho-fiò, bouto fiò » disait mon père en se signant, et tous, nous passions à table.

« La table de Noël »    
La table de Noël

Elle était recouverte de trois nappes blanches. Trois chandelles neuves étaient posées dessus.

Pendant qu'elles brûlaient, leurs extrémités ne devaient ni s'éteindre ni pencher vers quelqu'un, sinon c'était mauvais présage.

Sur la table, on posait également les soucoupes de blé germé et bien vert.

On peut retrouver en décoration, également le « vert-bouisset » (petit houx), la « nerto » (ou myrte), ou l'olivier, symboles forts, avec leurs feuilles toujours vertes.

Egalement quelques branches de « garrus » (chêne kermès) qui nous viennent des Saturnales.

A noter que ni le gui et encore moins le sapin de Noël, n'ont rien à voir avec les traditions Provençales.

Et, trônant au milieu de la table, le « Pain Calendal », ce gros pain, qui ne s'entamait religieusement qu'après en avoir réservé un morceau pour le premier pauvre qui se présenterait. De même, une place lui était réservé à la tablée.

A la fin du repas, la table n'était pas desservie.

Avant de partir pour la messe de Minuit, on relevait les coins des nappes enfermant ainsi les miettes, ceci afin de « nourrir » l'âme des aïeux. Ces coins étaient noués pour éloigner les esprits malsains, mais peut-être aussi d'empêcher… les souris de monter sur la table !!!

Ce « gros souper » était un repas d'attente et de vigile. Il était frugal, car composé de plats maigres. Le repas gras, le « diner », se fera le lendemain avec la dinde rôtie.

Il était maigre mais abondant... les plats en sont codifiés par la tradition :

- la morue frite,

- le muge aux olives,

- les escargots, tirés de leur coquille avec une épine de l'arbre de Judée ou un clou neuf,

- la carde,

- le cèleri à la sauce poivrée ou à l'anchoïade,

- le gratin de courges.

Et enfin… le repas s'achevait avec les desserts…

« Les treize desserts »    
Les 13 desserts

A la suite du gros souper, apparaissait une succession de sucreries.

Ce rite, de plusieurs desserts consommés au solstice d'hiver, est commun à beaucoup de pays riverains de la Méditerranée.

On le retrouve en pays Berbères ou en Iran.

Il s'agit de « faire ses graisses », avant l'hiver qui s'annonce. N'oublions pas qu'il ne commence que le 21 décembre. Les « pichots », mais aussi les adultes, prennent des forces, afin d'affronter le froid à venir.

On voyait aussi, dans cette pratique, un appel vers l'abondance, c'est-à-dire des récoltes futures prometteuses.

Pourquoi treize desserts ?

Si d'aucuns voient là une relation avec le dernier repas du Christ, la Cène, avec ses douze apôtres, la tradition Provençale, celle d'avant le XXème  siècle, ne connaissait pas ce rituel.

Frédéric Mistral lui-même, dans ses « Mémoires et Récits », fait allusion à « une kyrielle de friandises ». Il n'a jamais évoqué le chiffre treize. Ces desserts, il pouvait y en avoir six, sept, dix…

En fait, la tradition des « treize desserts » est une invention des félibres Marseillais dans les années 1920, pour les besoins du négoce. Celle-ci s'est peu à peu répandue en Provence.

Par contre, certains de ces desserts, les sept ou huit premiers, sont connus et codifiés depuis longtemps.

Les autres sont issus des productions locales ou des moyens financiers.

Parmi les premiers nous trouvons la « pompe à huile », nommée plus-tard « gibassié » ; c'est notre fougasse d'aujourd'hui (à ne pas confondre avec la fougasse aux gratons ou celle d'Aigues-Mortes) ; elle est fabriquée à base de pâte et d'huile d'olives nouvelle.

Le « gâteau sacré », car fabriqué avec le fruit de l'olivier qui est un arbre de paix. Sacré aussi car offert par les bergers de la Crau lors de la messe de Minuit. Sacré enfin car, les fentes qui découpent la pâte, représentent les rayons de l'étoile qui guida ces mêmes « pastres » vers la crèche, un soir.

Viennent ensuite les « Mendiants », au nombre de quatre ; nommés ainsi, car leurs couleurs ressemblent à celles des vêtements des quatre ordres religieux mendiants :

- noix et noisettes portent la couleur des Augustins,

- les figues, celle des Franciscains,

- les amandes, celle des Carmes,

- les raisins, celle des Dominicains.

Puis, le nougat blanc et le nougat noir, qui symbolisent les jours gais et les jours tristes de la vie.

Suivant les contrées nous avons, les fruits du verger, les raisins, le melon confit ou la pâte de coing.

Plus rarement, oranges et dattes, ces dernières ayant été introduites en Provence vers 1217, par la foire de Beaucaire, mais encore très onéreuses au XIXème siècle.

« La crèche Provençale »    
La crèche Provençale

Un peu avant la Noël, chaque famille prépare la crèche.

C'est une coutume dont on ne peut dater, avec certitude, l'apparition. Frédéric Mistral, dans sa description des soirées calendales, n'y fait aucune allusion.

Avant la révolution, il n'y avait que des crèches dans les Eglises. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'elles firent leur apparition dans les foyers. Mais quand ?

C'est au XIXème siècle que les personnages de crèches, primitivement en bois, sont remplacés par des « santons » en plâtre ou en argile peinte.

Quant à l'origine du mot « santon », il est issu de l'Italien, c'est sûr, mais les avis divergent !!!

Provient-il du mot « santoni » (petits saints), ou du mot « santibelli » ?

« Les Rois Mages »      Les Rois Mages

Ce mot vient de « Magoi », autrement dit, Devin ou Astronome.

C'étaient des prêtres de « Mithra », Dieu du soleil.

Leur tâche était de prédire l'avenir en observant les étoiles. La chrétienté, en substituant la naissance du Christ à celle de Mithra, a donc naturellement incorporé la « Fête des Rois ».

Aujourd'hui célébrée le 1er dimanche de janvier, mais qui, autrefois était fêtée le 6 janvier… quel qu'en soit le jour.

Ceci car, il y a 2 400 ans, les astronomes se sont trompés et ont placé ce jour-là, à la date du solstice d'hiver.

La fête des Rois Mages, dite "Epiphanie", correspond donc à la même date que celle de Noël.

 

Et pour finir…

En ces époques ou n'existaient ni radio, ni télévision, et encore moins les connexions Internet, le « gros souper », notre réveillon actuel, commençait tôt. Nous pouvons l'estimer vers 20 heures.

Puis, après le repas, la courte veillée se passait à parler du travail quotidien, des récoltes espérées, des anciens, entrecoupée de quelques chants de Noël traditionnels, ceux de Nicolas Saboly, poète et compositeur français du XVIIème siècle, né à Monteux, près d’Avignon ; il fut organiste et maître de chapelle de la Cathédrale Saint-Siffrein de Carpentras en 1639 et rejoint en 1643 l’Eglise Saint-Pierre d’Avignon.

Puis, tous ceux en âge et en état de se déplacer, allumaient fanons et lanternes, afin de fêter la Nativité, dans l'espérance d'une année à venir faite de joie, d'abondance et de générosité.


Joyeux Noël à toutes et à tous !!!

Commentaires (2)

1. Annidée (site web) 18/11/2017

Je me permet d'ajouter à ce très bon article, les origines des santons de Provence:
Nés à la révolution, du fait que les églises devenues "propriétés de l'état Français" en 1793, l'assemblée nationale décida de toutes les fermer, les gens, qui étaient profondément religieux, ayant l'habitude d'aller à l'église pour voir la crèche à Noël ne pouvant plus s'y rendre les églises étant fermées, et le culte interdit (risque de se faire couper la tête). ils ont commencé en cachette à faire des crèches chez eux. Ils réalisèrent donc de tout petits personnages qu'ils pouvaient cacher facilement. Ces petits personnages étaient de petits saints : Joseph, Marie et l'enfant Jésus, d'où l'appellation santons. (Santon = petit saint, santoun en provençal.)

Voilà, Bien amicalement Annidée

2. CHICO danièleT 22/12/2011

Très instructif j'ai appris beaucoup.

Très bonnes recherches...

Je te félicite et te souhaite un joyeux Noël, ainsi qu'a tous les membres du club taurin.

Bonnes fêtes de fin d'année.

A l'an que vèn.

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